Une chanson pour Thierry, l’autre Roland le plus célèbre après un (très contesté) neveu de Charlemagne coincé dans les Pyrénées par les Maures au 8è siècle, sur lequel s’appuie un certain nombre de légendes, aussi bien en Pays Basque qu’en Espagne. Car, grâce à un méga-succès de ‘librairie’ de tradition orale (‘La Chanson de Roland’), cet anonyme nobliau breton devient, trois siècles plus tard, l’une des figures marquantes de l’Histoire de France: simple militaire égaré dans les neiges pour les uns (les historiens), valeureux paladin pour d’autres (les béarnais), géant mythologique (pour les espagnols), et même petit Superman avant l’heure quand il manipulait son épée Durandal (pour les basques), quelle est, réellement, l’étymologie de ce nom si connu et de ce mot si simple?

Roland est un mot d’origine germanique, comme neuf fois sur dix à l’époque dans ce contexte, créé à partir de deux racines; pour bien comprendre, écrivons l’orthographe (supposée) originelle de Roland, soit Hrodland. La première partie, ‘hrod’, signifie la gloire; la seconde, ‘land’ évoque, comme dans plusieurs langues de nos jours, un pays. Après un petit ‘rabotage phonétique’, le ‘h’ et le ‘d’ de la première syllabe vont tomber, pour nous donner la graphie (l’écriture)actuelle… Une histoire de ‘ pays glorieux’ donc, au sens de peuplade venant d’une région conquérante et victorieuse? Ou bien une évocation à propos d’un guerrier qui serait ‘la gloire de son pays’ (c’est à dire de sa tribu, à nouveau)? Toujours est-il qu’encore une fois, force est de constater que l’imagination immédiate peut faire son travail: Thierry Roland, la star des commentateurs du foot à la télévision, était bien, d’une certaine façon, ‘la gloire de son pays’, quitte à fustiger parfois vertement les équipes d’autres nationalités…

Il y a peu de variantes à ce patronyme, sinon des Rolland, Lerolland, ou parfois Rollin, sans oublier quelques Rolando hispaniques (mais qui peuvent être aussi une déformation d’Orlando); tous ces noms ont évidemment la même origine et le même sens, à quelques détails près selon la région où ils ont fait souche…Mais l’occasion était trop belle de ne pas associer à cet hommage quelques mots au sujet de l’indispensable partenaire médiatique de ce journaliste sportif, Jean-Michel Larqué: car, si le mot ‘Roland’ vient plutôt d’Europe du Nord, Larqué, Larquier, Larquié et Larquey sont, pour le coup, de purs surnoms béarnais. On y reconnaît facilement un traditionnel phénomène d’agglutination’, avec le recollement de l’article ‘le’ (ou l’) devant un mot; on a donc affaire à «l’-arqué», écriture d’influence gasconne de «l’arché», et donc, forcément, de «l’archer».

Il s’agissait peut-être d’un ‘véritable archer’ (pour chasser l’ours en vallée d’Aspe?), mais, plus probablement, du surnom de métier d’un fabricant d’arcs, lesquels, à une époque, pouvaient avoir toutes sortes de formes et d’usages, autrement dit, pas forcément le modèle aérodynamique des sportifs olympiques actuels. La preuve: le même mot servira aussi bien à créer (et à désigner parallèment) ‘l’arc-balistique’ devenu arbalète; ou, plus communément, l’arche-t (du violoniste) qui a hérité de ce nom en raison de la forme incurvée de la baguette (mais pas trop, si possible!). Finalement, entre un célèbre breton qui périt en Pyrénées et un obscur béarnais qui vint chasser(-croiser) à St Etienne, cette paire-là devait bien se former un jour!