Avec quarante-huit heures de retard, mais sans doute à la grande surprise d’un certain nombre de personnes pas franchement alertées par les media, Bon Anniversaire Jean-Jacques! Nous commémorons en effet le tricentenaire de la naissance d’un des plus importants…musiciens francophones genevois, mais considéré comme l’auteur ‘français’ fondateur du ‘Contrat Social’ de notre pays. Société, Egalité, Nature et Démocratie (non, ce n’est pas son parti politique), Rousseau avait déjà tout écrit, surtout dans le peu connu «De l’Inégalité parmi les hommes» (1755). C’est donc l’occasion de revenir sur la (très basique) étymologie de son patronyme, mais aussi sur le jaillissement de quelques détails de son pays natal…

De ‘Rousseau’ proprement dit, il est clair que le mot a un rapport avec les roux, parfois de façon moins caricaturale qu’on ne le croit. Et puis d’abord, pourquoi stigmatiser les roux? Tout simplement parce qu’ils font partie d’une ‘minorité’ (forcément) visible, et que, depuis la nuit des temps, la couleur rouge (ou rousse, la racine est la même, y compris celle des cheveux) a toujours été le symbole d’une ‘anomalie’ génétique, en tous cas d’une différence considérée comme à l’écart des bruns et des blonds, largement majoritaires et pas plus disposés à tolérer cette troisième voie que les grands partis à laisser la place à un Centre politique.

La raison a l’air anecdotique, mais il suffit de se rappeler tous les exemples (réels ou fictifs) de personnages rouges «maléfiques»: de Judas le traitre dans la Bible (le rouge a été longtemps surnommé la ‘couleur de Judas’) au souffre-douleur ‘Poil de Carotte’, les deux ayant le tort d’incarner la couleur du Diable, comme on disait encore il y a peu dans nos campagnes. Vous trouverez dans ce site plusieurs rappels de cette idée, selon les patronymes. En tous cas, signalons, dans la grande famille des Rousseau, les Roussel, ainsi que les diminutifs Rousselot ou Rousset (‘les petits roux’), sans oublier les Roux tout-court et les Leroux évidemment…La version féminine aura également son heure de gloire avec un certain Larousse, prénom Pierre (mais Julie n’est pas mal non plus).

Disons un mot, plus inattendu, sur l’étymologie de la ville de Genève, que Jules (César) appelait déjà ‘Genua’ (qui donnera donc Genève), alors que ‘Genova’ se transformera en…Gênes. L’une et l’autre seraient formées sur une très ancienne racine ligure (l’une des régions du nord de l’Italie) qui évoque une masse d’eau ou un plan d’eau; que ce soit à Gênes ou à Genève, on n’est pas très gênés pour en trouver la raison. D’autres dialectes pré-italiens confirment également l’utilisation de ce son pour désigner un fleuve. Et le phare de Genève, c’est évidemment son monumental jet d’eau, s’élevant au-dessus d’un grand lac d’origine glaciaire, que l’on appelle forcément le Lac…Léman (au grand dam de certains Genevois qui ne voient que leur intérêt). Car le Lé-Man était déjà identifié comme tel par le même Jules que tout à l’heure (donc, disons dans le 1er siècle avant JC); à l’époque, il porte encore son nom grec que ‘lemanos limné’, lui-même formé sur deux racines celtes  »lem’ (grand) et ‘man’ (eau). L’articulation des lettres est certainement un peu trop belle pour être vraie, mais les sons de base y sont.

Le plus fort, c’est qu’au cours des siècles suivants, l’élaboration progressive d’un dialecte proprement helvète (le romanche) va retenir, lui, l’un des surnoms latins laissés sur place par les romains en décadence: dès le 3è siècle après JC, le ‘lémanos’ est devenu ‘lacus losanetes’, dans lequel on reconnaît aisément un ‘lac de…Lausanne’. Ce qui évidemment, ne fait pas les affaires des Genevois. Et plutôt que la campagne d’Ermenonville (France) où il mourut, Jean-Jacques n’aurait-il pas dû y situer ses principales rêveries de promeneur? En solitaire évidemment.