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Sainte (Christian)

Sainte

Jeu de chaises musicales au siège de la police judiciaire parisienne, après le ‘limogeage’ (*) du titulaire Bernard Petit, et son remplacement en urgence par son homologue marseillais Christian Sainte, lequel va donc trouver sur le Quai des Orfèvres une nouvelle maison (étymologiquement, Cazeneuve!) et quelques lourds dossiers qui ne feront peut-être pas de ce poste une terre promise. Et pourtant…

Bien. Profitons de la circonstance pour dire un mot sur l’un et l’autre de ces patronymes, dont vous pensez sans doute qu’on ne peut pas faire plus ‘transparent’, et vous avez raison. Pour Petit (ou Petiot), il s’agit le plus souvent du surnom d’un ancêtre de taille réduite, ou plus rarement du…petit-dernier de la famille, en fonction de la configuration familiale. En ce qui concerne la majorité des cas, on avait donc affaire à des gens moins grands que la moyenne de la population, d’où le sobriquet spontané, en espérant qu’aucune autre caractéristique ne vienne accrocher le regard (et le mauvais esprit) de leurs contemporains, sinon c’était Leroux, Leborgne, Moustache ou Claude (le boiteux, celui qui claudi-que).

La démarche -si j’ose dire- n’est pas propre à notre langue, puisqu’on retrouver le même raisonnement dans quasiment toutes les langues du monde; pour ne prendre que quelques exemples de pays limitrophes, les Petit s’appellent Klein en Allemagne ou Short (si!) en Angleterre, l’Espagne et l’Italie préférant souvent construire un diminutif avec un suffixe fixé à un prénom, bien qu’on trouve néanmoins des Pequegno et Nino (plus familial) espagnols, ou des Piccolo et Piccoli (allô, Michel?) italiens. N’oublions pas de rappeler au passage les Le Bihan bretons (ou les Lepetit normands, même si vous n’aimez pas le camembert).

Petit exercice parallèle avec le nom -relativement rare et surprenant- de Christian Sainte (ou Saint, évidemment), qui s’est répandu d’après la forme latine ‘sanctus’ pour donner santo, sagrado (espagnol, italien, portugais), sant et sagrat (catalan) et même (pour une fois) le santel breton…De leur côté, les nordistes saxons, anglo ou germains, ont gardé la racine ‘halig’ pour faire heilig (allemand), helig (suédois, néerlandais), hellig (danois) et holy (anglais). Et en français donc, saint ou sainte; ne reste plus à savoir par quel coup de grâce une lignée familiale se retrouve gratifiée d’un tel adjectif, éventuellement encombrant en cas d’athéisme militant!

Première indication: si l’on prend le tout premier sens du mot, (y compris avec ‘aghios’, l’équivalent grec), il faut rester d’abord sur la notion d’honneur ou de respect dûs à un supérieur hiérarchique ou un vieillard; mais il est vrai que ce sont les religions -quelles qu’elles soient- qui ont monopolisé le sens de ‘respect dû aux (ou à) Dieu(x) pour désigner ce qui est du domaine divin et réservé aux immortels, donc ‘sacré’ au sens de protégé, propriété ou caractéristique exclusive de (un peu l’équivalent de…tabou). Puis, on est passé de sacré à con-sacré, voie rapidement ouverte vers le sens de canonisé!

Problème: si seul Dieu (et ses saints) peuvent être sanctifiés, comment des mortels, a-fortiori pécheurs, peuvent-ils se retrouver avec un tel surnom? C’est que, justement, il n’ont aucun rapport (personnel) avec la sainteté, et même pire. D’abord, il y a généralement un phénomène d’apocope, cette figure linguistique qui, pour des raisons de longueur bien souvent et donc de difficultés de prononciation, provoque la chute d’une syllabe du mot, voire de toute une partie ou d’un (deuxième) mot entier…Exemple: Saintes, pluriel, est souvent un toponyme, un nom de lieu, en rapport avec ‘Les-Saintes’; et quand on ne précise pas, il s’agit des ‘sainte-marie-de-la-mer’, surnom d’une personne originaire de la région ou pèlerin jusqu’à cet endroit. (Evitez le Sainte au singulier, le sous-entendu inévitable faisant alors allusion à une certaine Nitouche, ce qui est probablement loin d’être le cas de notre homme…).

Sainte est en fait l’apocope de Sainte…Terre (**), qu’il faut quasiment comprendre comme un ‘titre’ qui permettait, dans un village ou une ville, de désigner celui qui était allé en croisade dans les ‘territoires occupés’. C’est ce qui arrivera également à plusieurs patronymes, dont les Jourdain (ou Jourdan) pour ceux qui avaient traversé le fleuve, les Palestine (!), ou encore les Paumier, variante de Palmier (revenus avec des palmes, symboles d’Israël), et enfin les Tibère, qui n’ont aucune filiation avec l’empereur romain mais (le lac de) Tibér-iade!

Petit clin d’oeil final sur cet adjectif décidément béni des dieux: se méfier des mots trop ‘valorisants’, qui peuvent prendre illico le sens contraire et péjoratif d’un sobriquet; ‘saint’ n’échappe pas à la règle, surtout depuis un certain Jean de La Fontaine qui, anticipant le félin dingue d’Alice aux Pays des Merveilles, parla dans une fable (Le Chat, la Belette, et le Petit Lapin) du matou Raminagrobis, qualifié de ‘saint homme de chat, bien fourré, gros et gras’. Les fonctionnaires de la PJ sont prévenus; au moins étymologiquement…

(*) Voir l’étymologie du mot, en archive.
(**) Nom de plusieurs sites en France, qui souvent ne marquent pas un lieu lui-même sacré, mais le domaine d’une personne étant allé en Palestine.


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