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Serres (Michel)

Serres

« Viens, laisse ces c…, on va dîner quelque part ensemble »…Avoir eu l’honneur d’une invitation personnelle -même si professionnelle- avec un tel personnage relève d’une coïncidence exceptionnelle, celle d’une entrevue (interview, en français) sur un plateau de télévision où Michel reviendra, par sympathie, à deux reprises supplémentaires! Pendant l’émission, une certaine complicité s’était établie, pour quelques heures, entre le jeune présentateur que j’étais et l’académicien maître des mots.

Bien sûr, nous avons systématiquement et longuement parlé étymologie, d’autant que l’optimiste Agenais avait également en la matière un sens de la poésie que je vous livre tel quel; son patronyme, tout comme les Serre (sans ’s’), les Serrat ou Serrus vient d’un son indo-européen (le tronc commun de beaucoup de langues dans la zone indiquée) qui évoque une colline. Ce qui permet de forcément rajouter à la liste, en guise de clin d’oeil, la cinéaste Serreau, prénommée…Coline (1).

Le mot se conjuguant facilement selon le profil de la hauteur en question, on trouvera dans le Sud-Ouest des Lasserre (la-serre, par agglutination avec l’article), des Sarrote ou Lasserotte (diminutifs), des Serrade (au contraire, abondance de collines, avec un suffixe augmentatif en -ade) et encore des Sarraute (comme l’écrivaine Nathalie ou sa fille la journaliste Claude) soit la contraction de serre/sarre-haute!

En français, le mot serres vient d’un verbe d’ancien français qui est…serrer. De nos jours, il y a encore quelques régions de France où le mot a gardé le sens originel très fort, qui est non pas seulement de presser ou de pincer quelque chose mais carrément d’enfermer, de barricader, de cloîtrer si je puis dire. Dites à un parisien « Je vais serrer la voiture au garage », il va s’imaginer que vous l’écrasez contre le mur, alors qu’un Gascon comprendra qu’il s’agit de ranger le véhicule et de fermer la porte à double tour de.…serrure.

Au 12è siècle, serrer avait en effet ce sens de barricader, sans doute par confusion avec un autre mot venu du latin qui est ferrer, à savoir fermer avec une barre de fer d’où le nom. Comme quand on verrouillait les portes du pont-levis avec des madriers, par exemple. Et tout ça, bien avant qu’on mette des prothèses de métal aux sabots des chevaux, qu’on aligne des rails sur les voies éponymes ou qu’on pique d’un coup sec la chair d’un poisson avec un hameçon…en fer.

Du coup, la serre ou la serra désignait précisément la barre elle-même qui servait à fermer une porte ou un passage. Or, quand on a appliqué le terme à la géographie, c’est resté le symbole d’une ligne qui ferme l’horizon, une barrière de montagnes, comme dans le mot « serra » en Corse (2). Certains parlent même d’une Sierra (Madre, Nevada, ou ce que vous voulez) en dents de…’scie’, soit le sens actuel du mot en espagnol.

Pour en revenir au sens poétique de l’ami Michel, il prétendait volontiers que les Serres étaient des gens qui habitaient sur les collines certes, mais qu’on avait eu sans doute du mal à faire sortir de leur maison, d’où le double sens de « quelqu’un de renfermé ou qui s’est enfermé dans les montagnes ». C’est peut-être là, disait-il, « l’origine de nombreux Lasserre chez les contrebandiers dans les Pyrénées », interprétation un poil tiré par les sourcils broussailleux…

Cela étant, il y a des serres (nom commun) qui peuvent avoir d’autres origines: des pattes de rapaces dont les griffes se referment sur la proie et qui l’en-serrent, au sens premier. Ou un hangar bien fermé avec un toit de verre pour faire pousser des plantes par exemple; il y en a d’ailleurs un tout trouvé à ce sujet, c’est un certain Olivier de Serres qui a sa rue dans le 15ème arrondissement de Paris, un agronome contemporain d’Henri IV forcément concerné par les cultures sous abri. On ne peut pas faire mieux étymologiquement!

(1) Jeu de mots: le nom est cohérent, mais le prénom est une aphérèse (une abréviation par chute de la première syllabe) d’après ‘Nicoline’, forme féminine temporaire de Nicolas, pas de colline…

(2) Rien à voir avec la ‘buena sera’ (bonsoir) italienne, cousine du français ‘soirée’ évidemment.


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