C’est l’homme qui se battait contre le Moulin(-Rouge) avec son pinceau, dans les années 1890…La cité dont il porte le nom vient de lui offrir un écrin à la taille de son talent: quand on s’appelle Toulouse, quoi de plus normal d’être honoré dans le Ville Rose, bien que, de son (court) vivant, il ait été plutôt attiré par le vert, couleur de l’absinthe, qu’il mélangeait, dit-on, à du cognac pour trouver l’inspiration divine. Or, le brave Henri n’avait strictement aucun lien (personnel) avec la préfecture de Haute-Garonne, puisqu’il est né à Albi (Tarn) et mort à St André-du-Bois (Gironde); son tombeau se trouve d’ailleurs à Verdelais, petite commune des coteaux de Garonne. L’origine de son nom n’en reste pas moins exemplaire de la construction des patronymes.

En fait, si Lautrec s’appelle Toulouse, c’est bien par allusion à la ville, mais par un chemin détourné tout à fait spectaculaire, que l’on comprendrait mieux si l’on avait pris l’habitude de donner au peintre son prénom (Henri) et surtout sa…particule, De Toulouse-Lautrec. Car quand on mentionne ‘Toulouse Lautrec’, on a presque l’impression que le premier mot est un pseudo choisi par lui, comme celui qui désignera l’un des chatons du film «Les Aristochats», le minou aux pattes pleines de gouache (sic), frère de…Berlioz (ah, la culture américaine!). Mais, tant qu’on y est, prenez quelques secondes avant de lire plus bas pour imaginer quelle pourrait bien être l’étymologie de Lautrec.

Henri De Toulouse-Lautrec est le fils du Comte Alphonse De Toulouse-Lautrec-Monfa (à vos souhaits) et d’Adèle Tapié De Celeyran. Si certains portent une particule de faveur, ce n’était pas du tout le cas d’Henri, qui a eu la gentillesse de ne pas retenir l’intégralité de l’Etat-Civil de ses deux parents (il aurait fallu une seconde toile rien que pour signer ses oeuvres). Cette particule, elle vient donc des fameux ‘Comtes de Toulouse’, qui comptèrent parmi les plus hauts dignitaires du royaume avant le 13è siècle. Pas question de pseudo donc, ni de ville de provenance pour le petit alcoolique de Montmartre: il s’agit bien d’un héritage ‘involontaire’ venu du fond des âges et surtout tout à fait symbolique, les Toulouse-Lautrec ayant depuis longtemps perdu rang et fortune, en tous cas de noblesse.

La démarche a été l’idée de provenance pour des personnalités comme l’historien Jacques Marseille, le professeur Guy Carcassonne ou l’homme politique Henri Bordeaux, sans compter tous les Lyon possibles. C’est encore plus fréquent sous forme de pseudo pour beaucoup de ‘people’ comme Yves Barsacq, Jacques Bergerac, Monique Tarbes (-ès), et même Darry Cowl, écriture américanisée d’André D’Arricau (-Bordes, petit village des Pyrénées, alors lui est né à Vittel), etc. On termine par une petite touche littéraire, avec Marguerite Duras (Lot & Garonne), et même Albert Londres, que vous retrouvez en v.o sous la forme Jack London…

Qu’en est-il maintenant du ‘Lautrec’? Est-ce ‘un autre-rec’ ? Presque. Il s’agit en fait d’une variante occitane d’un mot d’origine germanique, et qui se retrouve fréquemment de nos jours sous la forme Lautric, en…Guadeloupe et à la Réunion (les migrations!). Dans les dialectes germains d’avant le Moyen-Age, Lautric se compose de deux racines: ‘leot-’, qui signifie le peuple + ‘-ric’ (ou -rec) qui veut dire puissant. Il y a bien longtemps, un lautrec était donc le surnom d’un possible guerrier qui faisait partie d’un peuple (comprendre un groupe, peut-être une armée) puissant, et qui aurait donc fait souche en Midi-Pyrénées.
D’autres analyses évoquent, toujours avec des racines germaniques, une combinaison ‘alt-rec’, dans laquelle le premier élément signifie cette fois ‘haut’ (alt-itude), et le second un ruisseau. Vérification faite sur le terrain, il y a effectivement trois courants qui ‘culminent’ à presque trois cents mètres de hauteur. Reste à élucider comment nos éventuels vacanciers germains pouvaient estimer le rapport au niveau de la (lointaine) mer. Et surtout, ce que fait cette racine latine (alt-) accrochée à du germain (en principe, on ne mélange pas)…

Le peintre des petites femmes de Paris portait donc un patronyme consacrés à des lieux dans lesquels il ne revint que pour connaître (trop tard, sans doute) les sanatoriums puis la propriété girondine maternelle, le château de Malromé (mal-romé: mauvais romain?). Le pire, pour cet alcoolique, étant sans doute d’avoir sa tombe à Verdelais…

(*) Pour l’histoire complète du mot Toulouse, tapez ce mot dans le champ de recherche en haut à droite.

ps: Et, LE musée Toulouse-Lautrec, il se trouve à Albi…