Mais si, vous la connaissez, vous risquez même de la voir pendant quelque temps aux côtés de son (second) mari, un certain Emmanuel Macron, dont le nom figure déjà dans ces chroniques depuis longtemps (depuis sa période ministérielle*); il est donc intéressant de compléter la carte d’identité étymologique du couple par le -en fait, les- patronyme(s) de celle qui fut un temps Mme Auzière, de son nom de jeune fille Trogneux…

A choisir, on se dit que Macron ou Auzière ce n’est pas plus mal, au moins d’un simple point de vue sonore. Rappelons ici que la formation des mots qui ont d’abord servi de surnoms puis de ‘noms d’état-civil’ remonte à plusieurs siècles (majoritairement, au moins une dizaine) et n’avait pas toujours les connotations ou le sens qu’on est tenté de leur donner de nos jours. Cela étant, reconnaissons que Trogneux sonne un peu difficilement à nos oreilles modernes, et malheureusement…à raison! Car la racine vient de la ‘trogne’, un élément assez équivoque d’ancien-français, qui fait probablement se mélanger une ‘trugna’ d’influence gauloise et un ‘tronçon’ plus tardif.

A l’origine, cette ‘trugna’ désigne assez précisément un nez, et probablement un nez écrasé ou cassé, évoquant immanquablement un propriétaire qui se serait battu ou dont le visage témoignerait d’excès divers, bref rien qui laisse supposer la délicatesse et par conséquent une certaine noblesse, au moins du profil…Quant au suffixe -eux ou -on, il a donné des dérivés en Trogneux et Trognon, ce dernier pouvant qualifier quelque chose ou quelqu’un de court (petit comme un ‘tronçon’ justement), ce qui n’arrange pas franchement les choses. L’ancêtre de Brigitte était peut-être rugbyman ou boxeur avant l’heure, en tous cas le trogneux a longtemps gratifié quelqu’un qui faisait la…trogne (=tronche!), autant dire un renfrogné (ou un ‘rentrogné’ si vous voulez).

Plus artistique sans doute, et forcément plus manuel, sera l’aïeul des Auzière, orthographe initiale d’un…Ozière de même son. Tout comme les Orléac viennent d’un ancien Auréliac (en rapport avec quelque chose de doré, aur-eum en latin), les Auzière font partie de la branche du latin ‘ausarium’, c’est-à-dire chez les Romains une variété de saule qu’on appellera ‘osier’; de fait, dans l’oseraie (la plantation, propriété des Auzeray ou Oserais), l’osière va davantage qualifier l’abri de stockage ou de confection des paniers et autres objets à base du végétal en question, et donc les ouvriers qui y travaillent. De quoi mieux tresser quelques couronnes au sourire qui n’a rien de boudeur de Mme Macron, au moins étymologiquement.

(*) août 2014