Il a été l’un des meilleurs ‘descendeurs’ de France, et pour cause: en recherche perpétuelle de vitesse (à ski), il inaugura la fameuse position de  »l’oeuf », qui améliorera les performances de tant de sportifs olympiques sur les pentes enneigées…De plus, beaucoup d’amateurs le garderont à l’oeil, puisque son nom est désormais attaché au style de paires de lunettes qu’il créa; il est vrai qu’on a rapidement ‘mal’ prononcé son nom et que s’appeler ‘voirnet’ pour des lunettes…Mais, contrairement à ce que certains ont dit dans les années 70, aucun jeu de mots dans la marque. Ce patronyme est même l’un des plus inattendus qui soient. A votre avis…?

La première piste (si j’ose dire) est directement liée à la région d’origine du monsieur, dont vous savez peut-être qu’il a été à l’origine de la station d’Avoriaz; il s’agit donc de la région Savoie. Or, dans le parler savoyard (il faudrait presque dire la langue, vu la zone d’influence qu’elle a pu avoir à un moment donné), il existe un mot typiquement régional qui est le ‘vuarne’, et qui désigne un sapin local argenté (pas celui des Vosges ou des Ardennes), ce qui en fait un indice topo(très)logique idéal pour désigner un ancêtre qui avait un rapport avec cet arbre, pour des raisons d’habitat (pas original) ou d’activité professionnelle.

C’est pour cela qu’on trouve également des variantes comme Vuarnier, avec le suffixe caractéristique des noms de métier, mais également des Vuargnier (difficile de se passer d’un ‘gn’ sonore dans ce genre de mots: vous pouvez écrire ‘onion’, vous prononcerez toujours o-i-gnon!); sans oublier le plus local de l’étape, le Vuarnoz (ou Vuargnoz), affublé du ‘z’ caractéristique du secteur, d’Avoriaz justement à la Clusaz, en passant par Guigoz ou Berlioz!

Autre piste, plus risquée que la première mais tout aussi cohérente, celle de Vuargnier, en général hors région et dont la souche est plus haute (géographiquement) dans l’Est de la France. Il se rapprochent des Wargnier (comme le réalisateur messin Régis) ou Wargniez, et sont cousins linguistiques des Garnier d’origine allemande (donc forcément germains). Deux racines du 6ème siècle ont formé cette version: warin (la protection) + hari (la guerre)…’warin-hari’ s’est abrégé en ‘warn-hari’ puis ‘warn-hier’ et enfin Wargnier ou Warnier.

Puis, par un phénomène dit d’inflexion, le ‘w’ germain, dont le son très guttural n’avait rien à voir avec le futur ‘oua’ saxon, a été noté ‘g’ et prononcé comme tel en français, comme vous l’avez souvent rencontré dans ces rubriques (Wilhem/Guillaume – Walter/Gauthier…). D’où la gemellité avec les Garnier, Garneron, Garnerat, et même Garnichat. Pour tous, quelle que soit l’orthographe, une idée de protection par les armes donc sans doute, ou grâce aux armes; ou inversement une arme de protection (un bouclier?), on n’est jamais sûr de l’ordre des ‘concepts’ à une telle distance chronologique…En tous cas, après l’homme du (ou des) sapin(s), voilà de quoi veiller sur l’avenir des Vuarnet, avec ou sans lunettes!