Sacrifions donc à l’actualité de cette ultime étape d’un Tour de France dont l’édition 2012 a été réservée, sans beaucoup de suspense, au britannique Bradley Wiggins. Britannique? Pas vraiment, car cet homme est à lui tout seul un tour d’Europe, voire même plus loin. Pour nos oreilles françaises, nom et prénom n’évoquent pas immédiatement un sens particulier, ce qui confirme, une fois de plus, que «c’est tellement mieux d’avoir un surnom anglais, ou de chanter en anglais»: personne ne comprend et c’est tellement plus glamour. Or, le patronyme du porteur du maillot jaune s’entend très clairement dans sa région d’origine, et vous allez voir que ce n’est pas rien!

Première information, strictement généalogique (prenez un Atlas): Bradley est né en Belgique (Gand), d’une mère anglaise et d’un père australien, lui-même champion cycliste (sans blague?), lequel rejoindra le pays de ses ancêtres à la fin de sa carrière, la…Tasmanie, où avaient émigré les premiers Wiggins qui étaient, eux, de souche irlandaise. Irlandaise, ou écossaise, ou mannoise (de l’Ile de Man, entre Angleterre et Irlande, qui posséda son propre dialecte pendant plusieurs siècles). Tout cela nous ramène donc à tout le moins vers les 13è et 14è siècles, époque de ce qu’on appellera les langues ‘gaëliques’ (pour résumer, pardon aux historiens minutieux).

En gaëlique, wiggins se compose d’une racine ‘wig-’, et d’un diminutif ou d’un qualificatif sous la forme d’un suffixe ‘-ins’. Et quand on sait que cette racine signifie…l’intelligence, cela explique sans doute que gagner le Tour de France demande une stratégie élaborée. Qui plus est, en faisant le vide autour de soi, ou du moins en mettant les choses au clair, puisque même son prénom s’y met: en effet, Bradley se compose de deux racines, brad-ley; ‘brad-’ signifie large (futur broad, en américain), et ‘-ley’ évoque une clairière, une coupe dans une forêt…

Difficile d’en dire plus sur le bonhomme, sauf à signaler à l’occasion de cette dernière journée cycliste que les Champs-Elysées sont forcément une sorte de ‘nirvana’ pour les coureurs. Indépendamment de la délivrance finale et du privilège d’aligner la ‘plus belle avenue du monde’ pour les coureurs, l’expression renvoie en effet à la mythologie grecque, dans laquelle les Champs-Elysées sont des ‘champs-élyséens’, sorte de ‘Grandes Prairies’ comme diront plus tard les Indiens, c’est à dire une région des…Enfers, où les héros des batailles et les mortels méritants peuvent goûter un repos éternel après leur mort. Comme quoi, l’étymologie ne peut rien contre les traditions: on est loin d’un lieu de rassemblement, qu’il soit militaire (le 14 Juillet), festif (le soir du 31 décembre) ou sportif (le marathon de Paris ou le Tour de France) !