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probation

Taubira

L’une des (rares) qualités de l’actualité -hormis l’information, si tant est qu’elle apporte réflexion- est l’émergence de mots nouveaux, et inconnus du (grand-) public quelques heures auparavant. Il s’agit en général de lieux géographiques (auriez-vous pu dire, avant qu’on en parle, où se trouvaient exactement le Qatar, la Syrie, Fukushima ou le Rwanda?), mais parfois aussi de termes originaux ou innovants souvent cités par des politiques, depuis le désormais célèbre ‘abracadabrantesque’ ou les ‘impétrants’, jusqu’à cette très récente ‘probation’ avancée par la Ministre de la Justice. Histoire de faire sérieux et de garder à l’Administration un jargon qui s’éloigne du commun en utilisant un mot d’apparence un peu plus compliquée, la probation, d’un point de vue étymologique, n’est en fait rien d’autre qu’une ‘preuve’…La preuve.

La racine de ce terme est intéressante, car elle illustre spectaculairement les variations possibles d’une même racine, pour donner naissance à des nuances de sens parfois assez éloignées, ou même surprenantes. Mais commençons par le commencement: pour les romains, qui ont inventé le mot, le verbe ‘probare’ représente déjà une véritable palette -quasi chronologique- d’une action. En effet, on part de l’idée de ‘mettre à l’épreuve’ (1er sens), donc d’essayer ou d’expérimenter un système, une technique, une fabrication (2è sens); une fois l’expérience effectuée, il convient alors d’examiner (3è sens), puis de vérifier (4è sens) et enfin de juger (5è sens) le résultat de la démarche…Bon, d’accord, tout cela tourne autour de la même idée de tester quelque chose (ou quelqu’un), mais, si vous y réfléchissez bien, tous les sens ne sont pas égaux, et probablement pas toujours conséquents!

Probablement, vous avez dit probablement? En voilà déjà un, qui découle directement de la même racine: alors que, de nos jours, nous comprenons cet adverbe comme ‘possiblement’, il signifie en fait ‘qui peut être prouvé’ ou ‘qui va être prouvé’. Exemple: quand il va probablement pleuvoir, c’est que ça ne va pas tarder à être prouvé; et l’autre forme de ‘prouvable’, c’est…probable, évidemment. Si l’on est sûr que cela n’arrivera pas, c’est que c’est improbable, c’est à dire certain et non possible (vous suivez?). Quand il s’agit d’une expérience ou d’un test réussis, on va dire alors que le produit est ap-prouvé (qu’il a fait ses preuves), il reçoit alors l’ap-probation (la revoilà) du comité scientifique (ou marketing).

Une probation est donc la mise à l’épreuve qui doit é-prouver le comportement d’une personne, lors d’une période d’observation dont le résultat doit être suffisamment…probant pour satisfaire l’institution judiciaire qui, en toute probabilité, statuera sur la…probité du prévenu, à l’issue de cet examen probatoire. Car, en latin, ces deux derniers mots ont un point de départ commun: donner des preuves de son honnêteté, c’est être probe (sur soi aussi, si possible); en fait, à Rome, l’idée de probité s’appliquait d’abord à un objet très précis, en l’occurrence la monnaie, laquelle devait être ‘de bon aloi’, c’est à dire convenablement ‘titrée’ (chargée en métail précieux). Au figuré, le sens a donc progressivement qualifié quelqu’un de loyal, puis de vertueux et enfin de moeurs irréprochables (le lien n’est pas obligatoire).

On retiendra la variation maintenant évidente entre ‘prob-’/ ‘prouv-’/ ‘preuv-’, qui…prouve que tous ces mots ont la même origine. La boucle est donc bouclée en ce qui concerne cette probation qui pourrait probablement rencontrer quelque(s) résistance(s). On ne peut terminer sans signaler que cette démarche n’a rien de ‘probatique’, car, malgré les apparences et quitte à aller chercher des mots bizarres, cet adjectif n’a aucune racine commune avec le mot qui nous intéresse, puisqu’il s’appuie sur la racine grecque (pro)’ba’(tique) ou ‘bo’ qui a un rapport avec les…boeufs (et les vaches). Le domaine probatique concerne donc uniquement les bo-vins. Remarquez, quand on voit comment certains détenus sont traités dans les prisons, on a l’impression qu’il s’agit également d’une histoire de bétail. On a des preuves.


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