Bon, dit comme çà, le patronyme n’est pas très sexy, mais tout le monde sait bien qu’il recouvre les deux noms du conglomérat industriel de l’automobile française: Peugeot & Citroën. Pas de doute, il s’agit bien non pas d’un mais de deux noms propres accolés, l’un et l’autre se retrouvant sous les phares de l’actualité syndicale et politique. A l’origine, il s’agit évidemment de sociétés très distinctes qui ont pris le nom de leurs fondateurs, Armand Peugeot et André Citroën; alors, voyons donc d’un peu plus près ce qu’il y a sous le capot -étymologique- de ces gens-là.

Comme c’est le cas pour presque toutes les dynasties automobiles, la vocation industrielle (ou artisanale) initiale des chefs de famille n’a rien à voir avec la bagnole: Fondeurs puis horlogers pour le ‘Clan des Sochaliens’ (Peugeot), et propriétaires et récoltants agricoles pour le très belge Citroën, et pour cause: prenons les choses (et le volant) l’une après l’autre.

En ce qui concerne les Peugeot, il s’agit d’un diminutif, indiqué par le suffixe -ot. Tout comme petiot, minot, marmot, poulbot, et autres ‘hypocoristiques’, il s’agit d’un terme qui devait, tout au début, être une marque d’affection («mon petit…»). De fait, le peugeot est donc un petit-peuge, le peuge en question étant l’une des très nombreuses variantes régionales françaises issues du mot latin ‘podium’. Comme la chose est maintes fois signalée dans diverses rubriques de ce site, tout ce qui est ‘podium’ est, pour nos ancêtres, une élévation de terrain, un promontoire, voire une colline. Le mot latin est, bien sûr, resté tel quel dans notre vocabulaire, pour désigner une petite construction, souvent temporaire, destinée à permettre à quelqu’un de monter et d’apparaitre au-dessus des autres, que ce soit dans un meeting politique ou une compétition olympique.

C’est ce même ‘podium’ qui désignera, en topographie, tout les puys (d’Auvergne)), les pouys, les puigs (catalans), les peuchs ou puchs (occitans) qui donneront les Dupuch; les pechs (gascons) qui donneront les Delpech, et aussi les Pouyet (le petit-puy), les Pouget, et donc, par déformation vocale dans l’Est, les Peuge et les Peugeot. La famille du constructeur était donc tout simplement originaire de, ou installée sur, une colline ou un point élevé, en général par rapport à un repère (le village) dans la vallée.

En ce qui concerne Citroën, il s’agit d’une forme flamande, largement répandue dans le nord de l’Europe et donc dans l’actuelle Belgique, et le mot a bel et bien un rapport avec le…citron. On peut cette fois hésiter entre deux interprétations, qui remontent comme tous les patronymes à au moins 7 ou 8 siècles: l’explication la plus fréquente permet d’évoquer un producteur ou un vendeur d’agrumes, le citron étant alors le symbole générique des autres fruits de même catégorie (en fait donc, un négociant d’agrumes, quels qu’ils soient); mais on peut également, selon une tradition onomastique bien établie, imaginer le surnom d’un homme au teint particulièrement ‘jaune’, c’est à dire pâle comme un citron, l’image est d’ailleurs restée dans plusieurs expressions.

Il y a également un célèbre cousin proche de ce Citroën, linguistiquement et géographiquement, puisque c’est la version germanique du même mot, lequel va ‘voyager’ vers l’Est encore, mais cette fois l’Est de l’Europe, jusqu’en Pologne et Russie, pour donner les…Zitrone, comme ce journaliste et commentateur des débuts de la télévision française, lequel avait parfois la réplique aussi acide que son nom; l’Histoire n’a pas retenu s’il roulait en Citroên ou pas, ce qui eût été cohérent étymologiquement. En attendant, aujourd’hui, ce sont plutôt les ouvriers de Sochaux qui risquent d’avoir des pépins; leurs représentants syndicaux seront très probablement obligés de grimper sur des peugeots pour se faire entendre!