Non, mais! On ne parle pas de sa ville sur ce ton! Le maire de Quimper, ci-devant charmante cité et néanmoins chef-lieu du département du Finistère-Bretagne-France, n’est pas content, mais pas content du tout: lors d’une intervention radiophonique, le leader de la FNSEA, un certain Xavier Beulin, a qualifié sa ville de «petite bourgade»…Diantre (pour ne pas dire ‘gast’*), quel affront! Quimper, 63.929 habitants au dernier recensement, ne mérite pas une telle infâmie sans doute. D’ailleurs, à partir de combien d’âmes est-on ou n’est-on plus une ‘bourgade’?

Bourgade: petit village dont les maisons sont davantage disséminées que dans un bourg (dixit le gros livre plein de poussière). Voilà donc qui placerait l’élu breton dans les fonds d’une échelle ainsi graduée, du plus ‘plou(c)’ au plus urbain: hameau / bourgade / bourg / village / ville / métropole / capitale. Il y a évidemment de moins en moins de gagnants au fur et à mesure que vous montez dans le classement, avec ou sans numéro complémentaire. Voilà qui effectivement ne justifie pas une telle chute dans le «Top-36.697» des communes françaises, mais pas non plus sans doute un tel remue-cadastre.

Les deux hommes ont d’ailleurs tout pour converger sur le sujet, puisque l’étymologie de Quimper (Kemper, en v.o), vient d’un mot breton qui signifie ‘le confluent’ (des deux rivières locales -j’espère que je n’offense personne en ne les qualifiant pas de fleuves). D’ailleurs Kemper est une capitale, celle des Cornouailles (françaises, ne rêvez pas), terrain de prédilection et de prédication du saint patron du diocèse, Karouintin (entre autres orthographes, soyons prudents), autrement dit, en français, St Corentin.

Notre Corentin fut l’un des premiers évêques de Quimper (au 9è siècle, mais on n’est pas sûr), et la légende (ou la religion, si vous préférez) raconte que cet ermite, retiré dans la forêt, se nourrissait de racines et de baies. Or, grâce à une prière, une fontaine jaillit également, lui apportant de l’eau dans laquelle il trouvait chaque jour un poisson dont il mangeait un morceau avant de le remettre à l’eau, lequel revenait le lendemain tout guilleret (et intact) dans le courant de l’onde pure (n’est pas Jésus qui veut).

Mais revenons à notre ‘géographiquement correct », car, dans la même veine, il va falloir respecter la toponymie française: ne les appelez plus jamais ‘Côtes du Nord’ (çà fait trop froid dans le dos) mais Côtes d’Armor (plus folklo-touristique) ; ne dites pas ‘Basses-Pyrénées’ (qui ne sont pas en-dessous du tout) mais Pyrénées-Atlantiques; ni ‘Loire-Inférieure’ (mais Loire-Atlantique; heureusement, personne n’a revendiqué la Loire-Supérieure); pas de basses-oeuvres non plus pour les Alpes, mais de la ‘Haute-Provence’; quant à la ‘Corse du Nord’, préférez la ‘Haute-Corse’ si vous voulez rester vivant à Bastia; et filez doux à Ajaccio avec la ‘Corse du Sud’  (et pas la Basse-Corse)…

Alors, pour ne pas faire de peine aux ch’tis, on pourrait créer un département du ‘Haut’ (à la place du Nord). Et aussi les ‘Lèvres du Rhône’, beaucoup plus sensuelles que de vulgaires bouches dans lesquelles il faudra dorénavant tourner au moins sept fois sa langue, avant de mettre en cause la réputation d’une (« grande ») ville?  Surtout, ne dites pas à Bernard…Poignant (c’est le nom du maire) que son département, Finistère, veut dire ‘la fin des terres’, il pourrait se sentir relégué au fin fond de la péninsule. En tous cas, en voilà une tempête dans un verre d’eau; remarquez, c’était inévitable: Corentin, en breton (Korventenn), çà veut dire ‘ouragan’! . Et zaw! (vlan)…

*: gast : putain!