La dernière  »raffarinade », surnom affectueux autrefois donné aux saillies plus ou moins volontairement humoristiques du sénateur de la Vienne, est en train de devenir moins drôle aux yeux de la presse et de journalistes qu’il a fait copieusement huer et siffler lors d’un meeting de François Fillion au Futuroscope. A l’aise sur  »ses terres » (*) poitevines, le rondouillard ex-Premier Ministre n’a pas manqué d’ironiser sur la présence (inhabituelle, inutile?) de «nombreux» correspondants de presse sans doute davantage attirés par le  »Pénélopegate » que par la relance de la campagne du champion de la droite. Or, une fois de plus, c’est dans l’étymologie de son nom que se cache l’ironie ultime de l’histoire…

En effet, le patronyme (bien régional) Raffarin est composé de la racine ‘raff-’, suivie d’un double suffixe ‘-ar(d)’ et ‘-in’; le mot originel s’appuie sur une très ancienne syllabe de trace probablement germanique qui est ‘raf’ ou ‘rap’, quasi-onomatopée qui évoque quelque chose que l’on ‘arappe’ au sens de ‘arracher’, et que l’on retrouve dans le verbe allemand actuel de ‘raffen’, dans l’anglais/français ‘rapt’ (arracher aux siens), et même dans le latin ‘rapere’ qui donnera rapine (voler quelque chose à quelqu’un) ou encore ‘ravir’. Bref, si avec tout ça il ne nous arrache pas un sourire (ou des larmes de crocodile).

C’est aussi la base de noms propres comme les Raffe, Raffin, Raffet ou Raffy, sans oublier les Raffard, ceux qui déchirent (raff) fort (hard). Reste le cas des Raffier (ou Raffié et Rafié), surnom ancestral de ceux qui…rafardent. A défaut de cafarder, cet ancien verbe de l’époque médiévale a peu à peu disparu au profit de son sens presque homonyme de railler. Le ‘ard’ final n’a donc peut-être rien de dur et Raffard peut également être une version péjorative de quelqu’un qui se moquait (durement ou pas) des autres; autrement dit, le raffarin est un railleur de première!

Et encore! Heureusement que la famille de notre bonhomme avait fait souche dans la zone des parlers vendéens-limougeots, au-delà d’un territoire de langue d’oc; car, plus au sud de la Charente, le raffar(in) a longtemps désigné un…canasson, un vieux mulet, ou même un homme assez âgé, un domestique ou un vieux soldat. Et pourquoi pas un politicien ‘sur le retour’? Etymologiquement bien sûr.

(*) ou son ‘fief’, voir ce mot en archive