Trêve des confiseurs paisible, au moins du point de vue de l’actualité, mais je ne vais pas vous entretenir de la hauteur des vagues sur les côtes, des coups de vent (voir rafale), des chutes de neige et autres surprises si inattendues pendant un mois de décembre. Entre deux festivités (peut-être) gastronomiques, profitons-en pour analyser l’origine de ce ‘réveillon de Noël’ (ou de la St-Sylvestre), censé être le repas mémorable de l’année, celui dont on aimera se souvenir pendant douze mois, en espérant que ce soit pour de bonnes raisons, si vous pouvez vous permettre la dépense. Pour les autres, il suffira de rester les yeux ouverts, ça suffira largement, du moins étymologiquement.

D’un point de vue linguistique, le mot ‘r-éveill-on’ est un diminutif, formé d’un préfixe (si: le ‘r’!), puis d’une racine (éveil) et de ce suffixe qui indique quelque chose de petit ou de pas important Un garçon, c’est un petit gars; un carafon, c’est une petite carafe; un girafon, c’est une petite girafe, etc…Attention, tout de même: tous les mots terminés par -on ne sont pas forcément des diminutifs: un maçon, ce n’est pas une petite masse. Quoique. Bref, un réveillon, c’est donc un petit-réveil, ou mieux, un petit-éveil.

En effet, à l’origine, il y a le verbe latin ‘vigilare’, qui a donné simultanément deux mots en français; il s’agit d’un phénomène assez fréquent, l’un des termes entrant dans le vocabulaire dit ‘savant’ (parlé par les instruits), l’autre étant dit ‘ordinaire’ (ou vulgaire, donc parlé par le peuple). Ici, à défaut de ‘vigiler’, on a le nom commun vigile; ou, plus clâsse, le même mot contracté en ‘veille’. Faire réveillon, théoriquement, n’a donc rien à voir avec une grosse bouffe mais au contraire avec un repas léger, l’expression s’appliquant plus précisément au moment de veille que l’on doit faire –en l’occurrence, pour des raisons religieuses, jusqu’à la messe de minuit- le petit en-cas au retour de l’église n’étant là que très accessoirement.

De plus, si vos sentiments religieux sont profonds, vous pouvez toujours continuer votre veille (à Pâques, on dit la Vigile, justement) après la messe. On peut réveillonner, c’est-à-dire rester éveillé (et non pas réveillé, qui n’est que le moment de l’éveil) avant ou après l’office de Noël. Le seul qui réveillonne ‘pendant’ est le pauvre Dom Balaguère, le gourmand curé des ‘Trois Messes Basses’ d’Alphonse Daudet…Seulement voilà, la laïcité et le dictionnaire sont passés par là, et ce moment de veille n’est désormais plus que «un repas extraordinaire que l’on fait au milieu de la nuit», ce qui permet de le transposer sans états d’âme une semaine plus tard jusqu’à la St-Sylvestre. Ne restera plus qu’à sur-veiller sa quantité de boisson pour éviter de s’endormir (cette fois) au volant.

Tout ça est un peu terre-à-terre (surtout en cas d’indigestion), alors concluons sur le plus beau réveillon qui soit: dans le jargon des peintres, un réveillon est «un petit accident de lumière qui rompt la monotonie d’un endroit de la toile». De quoi éveiller peut-être notre conscience artistique!

Ps: voir aussi les articles sur la «St Etienne» (26 décembre) et la St Sylvestre (31)