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Série bizarre: Niquet

Niquet titre

«Tu viens faire un tour, Niquet?» Ce sera sans doute la plus douce allusion à laquelle vous aurez droit, l’autre, beaucoup plus agressive surtout dans la bouche de certains rappeurs, vous interdira une présentation directe, style «Bonjour, je suis Niquet», en souhaitant que votre prénom ne vous fasse pas la…nique.

Le patronyme qui nous intéresse ici n’est pas une aphérèse, le possible résidu du verbe forniquer après chute de la syllabe initiale (ça arrive…un peu plus loin!); il s’agit tout de même du verbe d’ancien-français niquer, c’est à dire, littéralement, ‘faire la nique’. A l’origine, pas question de doigt levé mais d’un simple signe de tête (plutôt hautain) destiné à toiser puis à se moquer de votre interlocuteur (comme dans le verbe allemand ‘nikken’). En Baie de Somme, le niquet était celui qui faisait des mauvais tours aux autres, quelqu’un de rusé, puis un filou. Bref, pas de quoi se sentir agressé, surtout sexuellement.

Au fil des générations, on est passé de la malice ou de l’ironie à la méchanceté, alors qu’en réalité, il ne s’agit que d’une malice insignifiante. La preuve: au 15è siècle, la nique était tellement peu de choses qu’elle désignait une petite monnaie de cuivre sans valeur, pour ne pas dire des miettes, terme que l’on a pourtant conservé dans une expression moderne qui consiste à aller grignoter sur l’herbe le dimanche, en ‘picorant’ (pour ne pas dire en piquant), bref, en faisant un ‘pique…nique’, un picorage de miettes!

Cela étant, si Niquet vient de nique, d’où vient nique? Comme beaucoup d’autres mots français, il s’agit d’une origine inattendue car strictement sonore, autrement dit une onomatopée: ce fameux hochement de tête adressé à celui dont on voulait se moquer se devait d’être assez vigoureux, ce qui entrainait forcément un petit craquement bref dans la nuque, qui faisait alors…’nic’ (on disait aussi ‘faire nac’ au 16è siècle).

Il y avait donc des ‘nic-nac’, comme il y a des ‘tic-tac’, qui n’ont pas plus d’étymologie commune avec le mot horloge, que fric-frac n’en a avec un casse, ou flic-floc avec une flaque. Décidément, nos ancêtres étaient un peu toc-toc, peut-être même nic-nic.

Mais je suis sûr que vous seriez frustré si je ne vous parlais pas de la ‘véritable’ origine du sens actuel de ‘niquer’, régulièrement conjugué avec le complément d’objet ‘ta mère’ dans certaines cours d’école. Cette fois, il ne s’agit pas de jeter quelques miettes à la maman mais de traiter comme une (ou de) prostituée; et là, on a bien à faire à une ‘aphérèse’, puisque ce désobligeant homonyme vient bien du verbe (for)niquer, terme…d’architecture lui-même construit -c’est le mot- sur le terme latin ‘fornix’, qui désignait la pierre angulaire d’une voûte, puis, de façon plus générale, la structure d’un porche. Porche ou embrasure de porte sous lesquels s’abritaient les fornicatrices romaines, d’où ce nom ‘abrégé’!

L’autre niquet, beaucoup célèbre, est celui d’un mot grec qui veut dire ‘victoire’ (nikê), qui aura beaucoup de succès dans le domaine sportif: à commencer par le nom de la ville de…Nice (fondée par les Grecs après une bataille mémorable, et donc dédiée à la déesse en charge de ce secteur) et son concours d’athlétisme, le Nikaïa, dans lequel on retrouve la prononciation et l’orthographe originelles.

Mais c’est évidemment aux Etats-Unis que le mot prendra son départ mondial, grâce à un étudiant californien qui en avait marre de courir dans des chaussures allemandes (Adidas*), et qui fera fabriquer (en Asie) les ‘chaussures de la victoire’, Nike; dont la virgule symbole de ‘rush’ (le swoosh) ponctuera désormais le sport, sans laisser beaucoup de…miettes aux autres. Y compris étymologiquement.

PS: ah oui: précisions que « tourniquet » ne vient pas du tout de tour-niquet, mais avec tourniqu-et, le -et final étant la marque du diminutif…latin de ‘turnicula’, déformation de ‘tunicula’, la tunique! Quel rapport? La tunique en question était une cotte de mailles hérissée de pointes, qui a légué son nom (et ses caractéristiques) à une arme en forme de…poutre hélicoïdale, d’où le nom -violent à l’origine- de tourniquet, celui sur lequel s’asseyent les enfants au jardin public…

(*) voir la chronique dédiée à cette marque dans les archives


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