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Territoires

Territoires

C’est peut-être le troisième nom commun qui restera dans les archives du vocabulaire politique en ce moment troublé, après ‘gilet’ (jaune, beaucoup) et ‘foulard’ (rouge, un peu): la « France des Territoires » est en effet le nouveau terme qui se glisse peu à peu dans les déclarations diverses. A-priori, le mot désigne une simple superficie de terrain; en réalité, il devient souvent un synonyme…d’éloignement.

Etymologiquement, on ne peut pas faire plus simple: territoire vient du latin ‘territorium’, mot neutre formé sur ‘terra’ qui veut dire la terre. Bon, jusqu’à maintenant pas de quoi se taper la tête ‘par terre’, autrement dit sur le sol. Car la terre, avant d’être la Terre, représente avant tout de la matière du sol (un arbre est planté en terre, par exemple) puis le globe, la surface terrestre sur laquelle on peut marcher (même si pour faire le tour de la Terre, il faut parfois prendre la mer).

Du coup, malgré les apparences, le territoire, qui devrait rester dans la relation de proximité (pour ne pas dire terre-à-terre), porte souvent une notion de condescendance plus ou moins appuyée. Pour un ministre, « aller dans les territoires » veut tout simplement dire aujourd’hui faire un déplacement en…province. En fait, autrefois (il y a longtemps), on se risquait seulement à aller « dans les quartiers », forcément voisins et familiers puisqu’ils représentent précisément ‘un quart(ier)’ de votre propre zone d’habitat, sans être forcément situé au nord (1).

Puis les-dits quartiers se sont éloignés, d’une génération d’un point de vue psychologique et d’une lieue d’un point de vue géographique, ce qui commencé à les reléguer en ‘ban-lieue’ (2). Les quartiers une fois devenus zones, on a poussé jusqu’aux ‘régions’, auparavant concentrées à…Paris et que l’on a donc décentralisées en les rendant à la province!

Ah, la province, grande histoire! La toute première apparait à l’époque romaine, puisqu’il s’agit d’un…territoire administré par l’Empire romain sur la route vers Narbonne (depuis Rome), la Provence! Et Dieu sait si les Provençaux seront moqués sur tous les tons (et tous les stades) par les Parisiens, même si les Marseillais (ou les autres) pourraient eux aussi aller se promener dans la province d’Ile-de-France.

Mais « la province » ne concerne jamais la capitale; sans parler ‘des provinces’ avec là encore un pluriel un peu suspect, à peine dignes de représenter nos différentes ‘contrées’ lors des soirées Miss France, un mot qui repousse encore davantage leurs habitants puisque, d’après la racine latine du mot, ils habitent littéralement un lieu qui est…’contre’ le pouvoir officiel (du roi, à l’époque de la création du mot français)!

On peut donc aller jusqu’à dire que les contrées sont presque devenues des ‘pays’ étrangers, au sens où on l’entendait cette fois il y a encore un siècle, c’est-à-dire un coin de campagne dont venaient les ‘pays’ et les ‘payses’ (dans certains cas, on traduira par les ‘cousins-cousines’). Et les territoires alors?

Il faut quasiment sortir de l’Hexagone (et non pas de la métropole, mot grec qui signifie la ville principale, suivez mon regard…) pour entendre parler de Territoires correspondant enfin à la définition exacte de ‘terre lointaine administrée par une puissance à des fins économiques’ (traduisez: militaires). Souvent accolés aux ‘Départements’ quand ils sont d’Outre-Mer (c’est tout dire de la distance!) les vrais territoires sont toujours des endroits difficiles à conquérir (ceux « de l’Ouest » pour les colons européens) ou à conserver (ceux des terres australes du pôle sud pour les scientifiques).

Alors, aller au contact (politique) de cette France des territoires, c’est paradoxalement signifier clairement aux citoyens à quel point ils sont éloignés du pouvoir central (sauf si vous êtes -pour l’instant- en Nouvelle-Calédonie ou à St-Pierre-et-Miquelon); la preuve, c’est qu’il faut en général un ‘laisser-passer’, ou du moins un accord symbolique du…’baron’ local, afin d’être bien reçu sur ‘le territoire de Juppé’ à Bordeaux, ‘le territoire de Collomb’ à Lyon, ou celui de Bayrou à Pau. Y compris étymologiquement!

(1) Notez bien que, pour un policier, faire le tour du quartier n’est pas tout à fait pareil que faire le tour des quartiers…

(2) Voir aussi l’article complet sur ‘Quartiers’ et ‘Banlieusard’ en tapant ces mots dans le champ de recherche


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Un commentaire au sujet de Territoires

  1. Salut merci de dire toutes ces choses avec autant d’humour.Je découvre votre blog grace a un ami de Belgique. Philipe,Amiens

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