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TIgre

tigre

«On n’a toujours pas de traces du tigre» a dit le monsieur de la télé…ben si, justement, sans quoi on ne saurait pas qu’il s’est échappé et qu’il rôde du côté d’Eurodisney, même si c’est d’abord une trace photographique, puis une empreinte dans le sol! Par contre, le monsieur de la télé a raison quand il ajoute qu’on ne sait pas d’où vient le fauve, y compris étymologiquement d’ailleurs puisque c’est l’un des (rares) mots de la langue française sur lequel on a le temps de faire des hypothèses (sauf quand on se trouve nez-à-nez avec l’animal). Pour une fois, pas grand’chose à expliquer donc, mais comme disait Michel (Audiard),  »Ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule ».

D’abord, le bestiau n’est pas ‘un’ mais une tigre, même pas encore tigresse. En effet, le mot n’est masculin qu’à partir du 16ème siècle, non pas parce qu’on comprend que c’était difficile d’aller y voir de près, mais en partie à cause de la tradition antique (latine et/ou grecque) qui voulait que ‘la’ espèce animale (et végétale) soit d’essence féminine, symboliquement comme la Terre et les puissances naturelles en général…Alors, dans le français de la Renaissance qui se met en place petit à petit depuis le début du Moyen-Age, on va donc parler de tigresse comme on parle de lionesse (à l’époque, on ne dit pas encore lionne), et de tigreau pour désigner le rejeton (comme un agneau, un veau, un éléphanteau -inconnu alors-), déjà plus technique que le terme…’chaton’, pourtant régulièrement utilisé par ceux (rares) qui connaissaient la bête; mais le terme est toujours valide, comme quoi…

D’un point de vue strictement zoologique, c’est pareil: pendant plusieurs siècles, on va découvrir de nouveaux animaux, et l’on va fourrer dans la peau du chat puis du ‘tigre’ tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un fauve à moustache (et à dents longues), comme la panthère, le léopard (le tigre-lion), le jaguar (le tigre-noir), l’ocelot, le guépard ou le couguar (le tigre…poltron, parce que, contrairement au jaguar, il n’aime pas l’eau), bref beaucoup de races du Nouveau Monde. Par ailleurs, et bien qu’on le qualifie parfois de tacheté -alors qu’il est rayé- de nombreuses autres espèces vont devenir ‘tigres’ (adjectif conjugué) en raison des formes sur leur robe ou sur leur carapace, comme des chevaux, des moustiques, des punaises, des requins ou des serpents, à partir du moment où ils auront quelques égratignures de couleur sur la peau.

Chez les humains, le mot a alors déjà pris le sens figuré constaté par nos ancêtres fins observateurs, celui d’un homme cruel ou…jaloux comme un tigre (chez Rabelais), et celui d’une femme possessive mais…courageuse (pour défendre ses petits, par exemple), y compris chez Corneille ou Molière. Plus tard, il y aura même quelques ‘spécialités’ professionnelles, comme les ‘tigres des ascenseurs’ (les grooms d’hôtel, en raison de leur tenue parfois rayée), les ‘tigres de l’Opéra’ (les danseuses de rang supérieur aux…petits rats!), ou évidemment les ‘tigres de guerre’ (les soldats grimés avec des trainées de boue sur le visage pour se dissimuler dans la jungle). Mentionnons enfin des objets plus mécaniques, dont le bruit ou le ronflement caractéristiques serviront à qualifier le modèle de ‘Tigre’, comme le moteur d’une vrombissante Panhard ‘moderne’ des années soixante.

Mais revenons pour terminer à la vraie racine du mot, dont on arrive quand même à remonter la piste (vous avez vraiment cru que je vous dirais rien sur son étymologie?): le tigre vient de…l’Euphrate, disons la Perse en ce temps-là, même si ce sont les Grecs qui ont débaptisé le fleuve en question en abandonnant son nom sumérien antérieur (un mot très éloigné qui signifiait ‘eau courante’) pour le transformer en Tigris, récupéré plus tard par les Latins puis par presque toutes les langues indo-européennes, dans lesquelles il est resté quasi-intact (du breton au russe, et du catalan au danois, en passant par le hongrois ou l’hébreu, c’est toujours du tigr- ou tiger).

Le plus fort de l’histoire, c’est que ce ‘tigre’ n’a sans doute rien à voir avec la carpette rayée dans le palais du Sultan mais avec le très ancien mot persan ‘tigra’ (entendu par les Grecs, justement) qui évoque un objet aiguisé (souvent, une flèche), donc la forme d’une pointe, donc un angle aigu. Là encore, ce n’est pas une façon de désigner les armes favorites des peuples locaux, ni les canines bien nettoyées du tapis de cheminée. L’explication serait (conditionnel) la suivante, une histoire de topographie: prenez de la hauteur et regardez maintenant sur une carte le dessin formé par la confluence du…Tigre et de l’Euphrate, et vous aurez la réponse à cette histoire: le pays dont le fleuve forme une flèche vers la mer! Finalement, pour un mot dont on ne savait pas grand’chose, voilà quand même une explication très pointue, non? En tout cas étymologiquement.


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