Les nominations ou remaniements ministériels d’un nouveau gouvernement ont ceci de particulièrement intéressants pour un site comme celui-ci: ils permettent de partir à la découverte d’un patronyme tout récemment médiatisé dès que son propriétaire entreprend une action. Et celle de Mme Reveyrand de Menthon, épouse de l’ambassadeur de France au Tchad, née Touraine, nous donne l’occasion de sauter en selle (étymologique) et de faire un tour de France avant l’heure…

Le nom de Madame la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé illustre parfaitement l’un des grands courants de l’onomastique (la science des noms), le (sur)nom dit de provenance. La chose est évidente: il s’agissait, pour nos ancêtres, de désigner une personne par le pays, la ville, ou dans ce cas la région d’où elle venait. Les Touraine, même si Alain, le papa sociologue de Marisol, est né en Calvados, viennent donc forcément de (ou ont eu un rapport autrefois évident avec) la Touraine, doux séjour du Val de Loire largement célébré dans la littérature depuis le Moyen-Age comme étant «le Jardin de la France».

Le jardin en question n’a pas toujours été un lit de roses, car c’est grâce à (ou à cause de) la barbare tribu nordique des Turones, venue écraser les plates-bandes des bords de Loire, que l’on baptisera plus tard la ville de Tours (la cité des Turones), puis la région tourangelle. Un jour, un villageois d’Indre et Loire se mit à voyager; on le baptisa donc Touraine, et le…tour fut joué.
Les autres exemples ne manquent pas, avec strictement le même raisonnement; mentionnons rapidement, et par ordre alphabétique, les Dalsace, les Danjoux ou Langevin (voisins des Touraine), les Lauvergnat, les Basque (évident), les Berry (comme l’acteur Jules) et les Berruyer (voir l’étymologie de Bourges, dans l’article Montebourg), les Bourguignon, les Breton (comme André) ou Lebreton, les Limouzy et Limousin, Normand et Lenorman (Gérard), les Picard, Poitou, Savoy (comme Guy), sans oublier les gars venus de Cerdagne, les…Cerdan (un poing, c’est tout).

On peut multiplier les exemples, avec les variantes de ces noms, avec des noms de villes ou de pays, vous en trouverez sans peine. Mais ne confondez pas les Touraine avec les Touren (ou Tourenne), formés, comme Turenne (maréchal de France au service de Louis XIII) sur la racine occitane, ‘tur’, qui évoque une hauteur, ou une élévation de terrain; sur laquelle on construisit, souvent, une…tour, en général fortifiée, les deux étymologies ayant peut-être (con)fusionné.

Et pour achever de faire le tour des choses, disons un mot sur son prénom; de l’avis général, Marisol ‘chante’ agréablement aux oreilles francophones, qui lui reconnaissent une certaine originalité. Les puristes de la culture hébraïque y verront une ‘véritable’ origine dans l’expression de « celle qui élève ». Peut-être même qui s’élève, car, dans le monde hispanique où ce prénom est le plus répandu, Marisol est la contraction (souvent oubliée) de Maria-Soledad, surnom de la Vierge des Solitudes, fêtée le samedi saint, jour où Marie se retrouve ‘seule’ après la mort de Jésus . Coïncidence (ou pas?) avec l’étymologie biblique: les Marisol sont fêtées le jour de l’Assomption, date on ne peut plus appropriée pour une ‘élévation’!

Il n’empêche: beaucoup d’espagnols entendent plutôt le mot comme ‘maria (del) sol’, lumineuse allusion à la personnalité radieuse de la Shirley Temple locale, baby-star qui illumina les écrans madrilènes des années 50, et qui a peut-être été l’idole de quelques retraité(e)s dont s’occupe Marisol Touraine aujourd’hui!