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Trêve (de Noël)

La question bientôt traditionnelle en France est « Y-aura-t-il une trêve à Noël? »; elle a remis en lumière le film de 1996 réalisé par Sandrine Veysset (avec de la « neige », cette fois), une interrogation empruntée aux responsables des stations de ski, anxieux de la (fausse) poudreuse qu’il va falloir déverser pour attirer sur les pistes les malheureux retraités pouvant s’accorder des vacances d’hiver. Pour le reste du pays, la trêve est un sérieux sujet de vérité, y compris étymologiquement!

Remontons donc directement de quatorze ou quinze siècles, époque des Francs, le peuple installé -entre autres- dans une large région qui couvre actuellement l’Est de la France, le Luxembourg et la vallée du Rhin allemande; ces gens parlent un dialecte appelé le francique (avant de devenir, en partie, le français) dont un terme, ‘trinwa’, évoque la sécurité. L’idée s’applique essentiellement et, pourrait-on dire, évidemment à la suspension temporaire des hostilités en période de guerre ou même lors de simples combats (1).

Pour garantir la tranquillité d’esprit des uns et des autres, il est donc indispensable de s’entendre sur les modalités, la durée et la validité de cette ‘trêve’, laquelle tient grâce à la parole donnée et au respect de cet engagement. C’est ainsi que l’on va retrouver dans plusieurs langues d’Europe de l’Ouest le même mot (dé)formé sur le son initial, ‘trouw’ en néerlandais, ‘treue’ en allemand ou ‘truth’ en anglais, tous en rapport avec la notion de vérité ou de fidélité (« on a dit vrai »).

L’opération équivaut donc à une sorte de contrat (militaire puis social), à tout le moins une convention qui permet aux deux parties de prendre le temps de se reposer ou de préparer sereinement un événement. C’était déjà le sens de la ‘trêve olympique’ qui obligeait les régions de la Grèce à se concentrer sur la réalisation des Jeux ou, au Moyen-Age, celle dite des confiseurs, histoire de réaliser (déjà) un chiffre d’affaires suffisant pour passer l’hiver.

Par contre, sans mettre absolument en doute la sincérité de leur existence, aucune des communes de Trêves françaises (dans le Gard, le Rhône ou le Maine-et-Loire) ne semble avoir hérité de ce nom commun, pas plus que la très célèbre ‘Seconde Rome’ germanique, considérée comme la plus ancienne ville d’Allemagne. Toutes doivent leur nom non pas à un arrêt des affrontements mais à une tribu que l’on dirait belge aujourd’hui, les Trévires (d’où l’accent circonflexe pour marquer la contraction du reste du mot) (2).

Or, pour dire toute…la vérité, il semble que Trévires (ou Trévères) soit une sorte de surnom ironique donné par les Romains à ces hommes du nord, d’après l’expression latine ‘tres viri’ (littéralement, trois hommes), ce qu’ils connaissent déjà parfaitement sous le terme et l’exercice d’un ‘triumvirat’, autrement dit le pouvoir exercé par trois personnes. Pas besoin d’être empereur(s) pour autant, les trois loustics peuvent également être un…trio militaire, administratif ou judiciaire chargé de mettre de l’ordre quelque part, ce qui était peut-être le fonctionnement de notre tribu.

Au 21ème siècle, on appelle sans doute cela une commission tripatrite, ou une intersyndicale (au moins majoritaire) chargées de calmer les tensions entre plusieurs partenaires afin de permettre aux citoyens de souffler entre deux manifestations. D’ailleurs, les plus agacés par les diverses perturbations n’hésitent plus à réclamer une « trêve de plaisanterie »…

(1) Dans le même ordre d’idées, voir aussi l’article sur ‘Armistice’.

(2) Dans le cas des toponymes,voir aussi une autre hypothèse, avec le sujet sur Trierweiler (Valérie)


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