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Tunisie

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«C’est une histoire qui a pour lieu / Paris la belle en l’an de Dieu / Mil-quatre-cent-quatre-vingt-deux / Histoire d’amour et de désir»…Les fans auront reconnu la chanson d’ouverture de la comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante, d’après un argument (on va dire ça comme ça) écrit par Victor Hugo un siècle et demi auparavant; ce qui nous convoque quand même beaucoup de (beau) monde pour parler de l’étymologie du ‘pays au printemps éternel’ -sinon renouvelé-, à la grande surprise de certains observateurs qui s’étonnent de l’instabilité politique de cette région du Maghreb (comme si la Révolution Française s’était calmée en un jour, sans Terreur, ni soubresauts sanglants). Or, l’origine linguistique de la Tunisie, par rapport à Notre-Dame de Paris, c’est quasi-modo, si j’ose dire…

On raconte (à défaut de trouver tout autre explication, à défaut de preuve, c’est déjà un élément) que Tunis fait partie de ces lieux ‘exotiques’* autrefois cités par nos ancêtres comme étant si éloignés et méconnus de notre civilisation qu’ils représentaient une sorte de no-man’s land confus et, en général, péjoratif. Dans le même ordre d’idées, c’est la même connotation que donnait autrefois un francilien à ‘la province’; qu’un militaire à Limoges (l’endroit où l’on mettait les gradés ‘au placard’); qu’un parisien à Châteauroux ou Romorantin; et qu’un bordelais à Pissos (Landes)…La future capitale tunisienne est pourtant connue depuis le 12è siècle, mais à l’époque, la grande ville, c’est (encore) Carthage, ex-rivale de Rome, qu’il fallait détruire comme disait un certain Caton, un siècle et demi avant Jean-Christophe.

A l’époque de Victor (Hugo), Tunis est donc largement connue dans le peuple comme ‘le trou du c… du monde’, personne ne sachant exactement où se trouvait la ville, vu qu’on distribuait rarement des guides Michelin aux mendiants de la Cour des Miracles. De fait, par ironie, on va surnommer le chef des gueux en question ‘Le Roi de Tunis’ (à l’époque, on écrivait Thunis), comme on aurait dit l’empereur du Zimbabwe ou le prince de Patagonie -soit dit sans froisser les territoires concernés. Bref, par un transfert que l’on n’explique pas complètement, ce ‘Thunis’ va également s’appliquer à ce dont manque le plus les locataires des fossés de la cathédrale parisienne, de l’argent. Le plus pauvre devient alors ‘celui qui n’a pas de thunis’, puis de thunes, et enfin de ‘tunes’ comme on l’écrira au 19è siècle qui donnera le surnom à la pièce de 5 francs de l’époque. L’expression sera popularisée d’autant plus rapidement que la tune va devenir la référence du salaire journalier des ouvriers avant la Première Guerre Mondiale; par conséquent, les jours chômés étaient forcément ceux où ‘on n’avais pas une tune’, d’où le sens général (et devenu argotique) de monnaie.

Seulement voilà, avant de désigner les voisins d’Esméralda, Tunis avait bien un sens! Il semble (il y a au moins quatre ou cinq étymologies en lice) que le mot vienne d’un ou plusieurs dialectes berbères en rapport avec une idée de se coucher, de s’allonger. Aucun rapport avec un comportement de soumission sans doute; il faut prendre le verbe dont est issu le mot au sens propre, à savoir -pour une population nomade ou un groupe en transhumance par exemple- le surnom de «l’endroit où il faut arriver le soir pour dormir», Tunis prenant alors le sens de ville-étape comme on dit au mois de juillet sur France 2.

Nous voilà bien loin de quelques élucubrations (anglo-saxonnes) du 19è siècle, qui voulaient relier Tunis au verbe ‘to tune’, à savoir accorder, mettre en harmonie, caler (une fréquence radio, par exemple sur votre…tuner). On voit difficilement comment connecter les deux mots, y compris et surtout d’un point de vue culturel et linguistique. Sauf peut-être à considérer, pour faire plaisir à ces chercheurs fous, qu’il faudra bien trouver un jour la bonne longueur d’onde entre le gouvernement et le peuple tunisiens. Mais c’est sans doute une autre histoire, y compris donc étymologiquement.

* Voir aussi, en complément le sujet sur ‘Tombouctou’ (janvier 2013)


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Un commentaire au sujet de Tunisie

  1. Bonjour,
    Maintenant on dit bien aller à Tataouine pour dire aller dans un endroit (bled) perdu. Or Tataouine est une ville de Tunisie qui inspira Georges Lucas pour le 4ème opus de stars wars qui était son premier … (La planette des sables Tatooine).
    Amicalement.

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