On ne peut pas faire meilleur symbole de la diversité que l’actuelle porte-parole du gouvernement (et néanmoins Ministre des Droits des Femmes), y compris d’un point de vue étymologique, unique angle d’analyse qui nous intéresse ici. La jeune femme franco-marocaine est en effet un cas d’onomastique (la science des noms propres) tout à fait exemplaire: prénom et nom composé sont tout à fait évocateurs du parcours familial, social, voire historique, de celle qui les porte.

Commençons par son nom d’épouse -ainsi que le stipule l’Etat-Civil-, apporté par son mari, Boris (!), haut fonctionnaire et également homme politique. Vallaud est un dérivé tout à fait ‘transparent’ qui fait partie de la très grande famille des mots créés sur la racine Val. Val, vallon, vallée, tout cela renvoie forcément à la désignation d’ancêtres ayant un rapport avec la situation géographique où ils habitaient, une vallée. Selon la dimension (et la région), on l’appellera différemment, mais le sens reste le même. Un vallon est une petite vallée (avec le diminutif final -on); une vallée se trouve plutôt en territoire montagneux ou pré-montagneux; un val est un mot spécifique à certaines régions ou représente un territoire étendu mais étroit (le Val de Loire).

A mettre évidemment dans la même plaine, les patronymes Duval, Duvau (avec transformation ‘vocalisée’ du ‘l final en ‘u’, comme dans cheval/chevau-), Delaval (et donc Delavau), Valade ou Vallade (avec un suffixe -ade augmentatif, indiquant une série de vallées), au contraire des Valette (petite vallée) et bien sûr Lavalette, etc…

Or, pour les Belkacem aussi, le paysage est formé de vallées, celles du Rif nord-marocain, sans doute d’apparence tout à fait différente des Vallaud…Dans cette région du Maghreb, Belkacem se compose de deux mots arabes (évidemment), ‘abùl’ et ‘qâsim’. Ce dernier, qui sera francisé et orthographié en -Kacem, évoque un fils du Prophète dont l’une des qualités était la générosité, le don; le premier terme, devenu Bel- toujours après francisation et chute au ‘a’ initial, signifie le père. Abùlqâsim/Belkacem définit donc ‘le père de Kacem’, l’un des nombreux (sur)noms donnés à Mohammed. Il s’agit évidemment d’un ‘nom de baptême’ et non pas de la désignation du prophète lui-même, l’appellation ayant été donnée à un moment de l’histoire de la famille en son hommage ou pour obtenir sa protection. Exactement comme tous les Saint-…français. (Saint-Martin, Saint-Jean, Saint-Jacques, etc), ou tout simplement les Martin, Jean, Jacques et autres Thomas.

On ne peut pas faire mieux protégée que Mme Vallaud-Belkacem, puisque son prénom, Najat, signifie ‘celle qui est sauvée’, ou ‘qui a le salut éternel’. Voilà une coïncidence qui peut être utile en politique. Y compris étymologiquement!