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Yssingeaux

Yssingeaux

Un internaute connecté depuis…l’Australie, et qui suit probablement l’actualité française en ligne, me demande quelques éclaircissements sur la capitale -temporairement médiatique- de la France industrielle, Yssingeaux, commune auvergnate de la Haute-Loire devenue le terrain de campagne privilégié d’hommes politiques qui en connaissent un rayon (de lingerie).

L’étymologie du lieu est aussi inattendue que ce nom facile à trouver dans un annuaire (il y a bien moins de Y…ou de Z…), et on lui donne deux interprétations possibles. Commençons tout de suite par dire, malgré un gentilé (le nom des habitants) maladroitement évocateur, que les Yssingelais et Yssingelaises n’ont évidemment rien de commun, de près ou de loin, avec le mot ‘singe’, que l’on aurait pu, à la rigueur, trouver dans un patronyme avec un sens figuré. Bien que le nom occitan de la ville (on est encore tout au ‘nord’ de la ‘zone sud’, linguistiquement parlant) soit…Sinjau, simple abréviation phonétique de ce qui suit.

Car l’histoire du lieu est en fait historiquement marqué par le passage traditionnel de tribus germaniques, parmi lesquelles figurait sans doute un certain Isingaud (ou Issingaud), qui laissa son nom à la première appellation du site, Issinguaudo, (le territoire d’Issingaud), dont la pancarte inaugurale fut plantée quelques décennies après la disparition de Charlemagne. Pourquoi avoir distingué ce monsieur? Probablement parce qu’il s’y était installé, ou parce que les habitants lui avait offert (plus ou moins spontanément) la propriété du coin; ou peut-être, au contraire, parce qu’il s’y était battu vaillamment et y était mort au combat? Allez savoir, il n’a même pas mis son profil sur Facebook. Mais son nom semble se rapprocher de la racine ‘iss’, qui évoque le fer (une arme?), ou, au sens figuré, quelqu’un de dur (comme le métal) ou de froid (comme une lame).

L’autre hypothèse étymologique est bien plus rassurante pour nous, Gaulois, habitués à chanter les ergots bien plantés dans le fumier, car elle s’appuie sur le très ancien blason de la ville. L’écu en question porte en effet, à part une fleur de lys d’or, cinq coqs jaunes sur fond bleu (çà c’est la traduction, sinon c’est «D’azur à cinq jaus d’or crétés membrés et barbés de gueules…»).
Comme vous le constatez, en ancien-français, le coq se disait ‘jal’ (jaus ou jaux, au pluriel), puis ‘gal’ (ce qui va donner plus tard ‘gallinacé’). Bref, il devient alors facile de lire (et surtout d’entendre) Yssingeaux comme Y-cinq-jaux, le ‘y’ initial étant possiblement l’adverbe de lieu, et le tout signifiant ‘l’endroit où il y a cinq coqs’.

Que représentaient ces coqs, difficile de le dire avec précision. Cela peut être un symbole attaché à une personne ou à un lieu ‘farouchement gaulois’ (en clair, à l’époque où se forme le nom: « qui a résisté aux romains »)…Il n’empêche: la démarche en jeu de mots transparent comme celle-ci n’est pas souvent la bonne, car fondée sur notre phonétique ‘moderne’. En tous cas, pas question de référence à des élevages de poulets industriels (on n’est pas en Bretagne), mais rien n’interdit de rêver, d’autant qu’on appelle ce coin du Velay «le pays des Sucs»; là encore, pas de rapport avec un quelconque liquide naturel mais avec une très (très) ancienne racine celte, que l’on retrouve aussi sous la forme ‘tuk’ ou ‘truc’ dans d’autres régions, et qui qualifie un promontoire ou une élévation du terrain. En l’occurrence, il s’agit ici des dômes volcaniques de l’Auvergne, mais on peut y voir aussi, en plus petit, notre ‘tas de fumier’ sur lequel aime à pérorer notre coq gaulois!


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2 commentaires au sujet de Yssingeaux

  1. Bonjour,
    Cette racine « Yss » fais penser à celle d’Yssi Les Moulineux, à Issendolus dans le Lot ou au Puy d’Issolud en Quercy, site reconnu comme étant la dernière bataille (perdu) des gaulois pour l’indépendance de la Gaulle à Uxellodunum. Astérix n’existait pas encore !!!

  2. Guillaume, il y a du vrai et du moins vrai dans votre remarque: Issendolus (du Lot) viendrait, comme Yssingaud, du nom d’un chef gaulois (Exindigulus), bien que certains y aient vu (et certainement inventé) un pseudo Saint-Dolus (Y-saint-dolus?), supprimé lors de la Révolution (laïque).

    Le Puy d’Issolud en Quercy (quel voyageur!) serait de même époque (et même incertitude, avec tous ces mots fabriqués entre les 3è et 7è siècles), et, comme la ville d’Issoudun, aurait un rapport avec une racine gauloise (segu-) évoquant la solidité, la force robuste. D’un homme ou d’une forteresse…

    Par contre la commune parisienne regroupée à la fin du 19è siècle avec Les-Moulineaux n’est pas Yssi mais…Issy, (iss-y), transcription francisée du latin Isiacum, soit le domaine d’Isicius, son propriétaire romain. Là encore, quelques accros à la phonétique ont voulu y voir un rapport avec…la déesse Isis (on se demande bien pourquoi!). Comme quoi, Issy ou ailleurs, on peut faire dire tout ce qu’on veut.

    Merci pour vos remarques judicieuses,
    Cordialement

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