Incontestablement, l’homme de la semaine se nomme Woerth, un nom « propre » qui fut d’abord un mot, comme tous les noms dits « de famille », lesquels étaient d’ailleurs des surnoms. Petit rappel : Si vous vous appelez Leroux, Cabanne, Lartigue, ou Dupouilh, c’est que votre ancêtre avait été désigné, il y a une dizaine de siècles au moins, par son entourage qui voyait en lui…(dans l’ordre) quelqu’un qui avait les cheveux roux; qui habitait ou qui construisait des cabanes; qui habitait un terrain en friche (une artigue), ou qui venait d’une colline (un pouilh en Gascogne, ou un puech aux limites du Languedoc, ou encore un puy, de la Vendée à l’Auvergne, souvenez-vous du nom des volcans du coin!). Bref, le Woerth, c’est pareil, et ce mot représente ce qu’on appelle un toponyme.
Rien à voir avec les bestioles qui font des galeries dans le jardin, un toponyme c’est tout simplement, en français savant, un nom de lieu (topo-nyme). L’ancêtre lointain dudit ministre porte le nom de sa commune de naissance (ou de provenance, s’il a été appelé à voyager hors de sa région), commune française du département du Bas-Rhin (enfin, actuellement, parce que, à travers les siècles, de Charlemagne à Guillaume II, le territoire a basculé en permanence). (Autre petit rappel à destination de mes compatriotes du Grand Sud -personne n’est parfait-, le Bas-Rhin, c’est le département « du haut » (sur la carte), et le Haut-Rhin, celui…du bas, étant donné que le Rhin coule de bas et haut (sur une carte) mais évidemment de haut en bas (sur le terrain!).
Bref, ce mot alsacien est devenu un nom de famille pour désigner les gens qui habitaient ou qui venaient de Woerth, un endroit qui doit son nom à une ancienne racine germanique (sans blague?), un mot de vieil-allemand qui est « wurd » ou « word », et qui définit un lieu exhaussé. Non, pas exauCé (çà serait trop beau, M.le ministre), mais ex-haussé, c’est à dire rehaussé par rapport au niveau général du terrain. Et pourquoi cela? Parce que le mot évoque un endroit marécageux, instable, voire régulièrement envahi par les eaux, un terrain inondable, quoi. D’où cette idée d’un woerth (nom commun – et probablement assez sale avant de devenir propre) d’un bout de terre qui émerge de l’envahissement des eaux, ou un endroit de terre ferme pour reprendre pied et pouvoir surnager…Moi qui passe mon temps à persuader les gens qui me questionnent sur leur patronyme qu’il n’ont plus aujourd’hui aucun rapport avec la situation ou les caractéristiques de leur ancêtre, je vous demande de bien vouloir lire ces lignes au premier degré (çà fera toujours une marche au-dessus de l’eau), mais cela n’empêche pas, parfois, les coïncidences! Je dois rajouter pour finir qu’il y a d’autres variantes à ce nom dans la même famille linguistique: les Warth, les Werth, mais aussi, après francisation de ce « w » très germain, des familles Varthe, voire carrément des…Verte. Et, parfois aussi, des pas-mûres, semble-t-il…