…comme dirait Alexandre (Dumas), qui n’aurait jamais imaginé faire courir d’Artagnan & Compagnie ailleurs que jusqu’à Londres, le seul endroit…qui n’est plus en Europe, en tout cas et au moins monétairement parlant. Pourtant, plusieurs pays du continent dit vieux ont inventé en 1999 (et mis en service en 2002 donc), une unité d’échanges dont on peut rappeler la provenance, à part les usines de Chamalières (pour les billets) et la Monnaie de Paris en…Gironde (pour les pièces).

Avec les premiers casse-têtes du début en essayant de calculer la correspondance du prix de la baguette affiché (bien à tort) à la fois avec la nouvelle monnaie et l’ancienne (x 6,55957, pratique, non?), beaucoup de Français ont longtemps regretté l’aïeul du sou national, le franc, mot d’une logique implacable pour commercer entre…Franç-ais! A chaque fois que l’on touchait un franc, n’est-ce pas un peu de…franchise que l’on affichait, sans bien réaliser que (petit rappel) nous devons notre nom de post-Gaulois à une petite tribu d’origine…germanique installée quelque part dans le tiers nord du pays, les Franks en v.o!

Puis vint…l’écu. Ou plutôt l’ECU, acronyme anglais (sic) désignant une nouvelle devise européenne, l’abréviation de ‘European Currency Unit’, mais que l’on ne vit jamais puisqu’elle était destinée à rester une monnaie d’échange et de compte non matérialisée. De plus, l’écu avait déjà été français (cocorico) au 13è siècle, puisque c’était notre premier sou frappé par la dynastie des Valois, mais revenons à nos biffetons…

Au moment de l’agrandissement de l’Europe, beaucoup ont été soulagés d’abandonner l’écu en tant qu’éventuelle espèce « sonnante et trébuchante », et ce pour de simples raisons de correction de langage. Allait-on être capable de dire, dans les bureaux de banque, «j’ai touché l’écu» et autres sordides «j’en ai plein l’écu», qui eussent sans doute choqué les oreilles françaises? Impensable…Surtout que, dans la bouche d’autres peuples européens, l’exercice n’est pas plus facile, depuis « eïkou » (pour les Grecs) à « Iquiou » (pour les Anglais), on ne pouvait pas risquer d’en rester sur l’écu! 

Vint alors l’euro, illustration parfaite d’un phénomène parfois cité dans ces chroniques et toujours surprenant pour certains lecteurs, j’ai nommé l’apocope, figure de linguistique qui consiste à supprimer la dernière syllabe d’un mot, pour des raisons d’articulation ou de longueur. Euro est donc l’apocope…d’Europe, tout simplement, un euro invariable, et pas seulement en valeur mais aussi en orthographe (au fait, saviez-vous que les deux barres horizontales qui frappent le dessin du E sont censées être le symbole de la stabilité de la monnaie, un ‘dollar’ européen?).

Là, les avis divergent car théoriquement, selon la déclaration officielle du Conseil Européen de Madrid de 1995 qui a adopté le mot, « l’euro doit être simple et symboliser l’Europe ». En l’occurrence, Euro est invariable, ce qui se conçoit aisément par respect mutuel pour toutes les langues de l’Union, lesquelles ne se déclinent ni ne se conjuguent de la même façon, beaucoup s’en faut…Même les Lettons et les Hongrois ont accepté que ce terme éloigné de leur vocabulaire soit traité à part dans leur langue. Unité, unité!


En France, rien de tout cela: l’Académie et surtout l’usage qui, comme toujours, a imposé sa logique, ont admis (et répandu) le pluriel avec un ’s’ alors qu’on devrait écrire « dix euro » (et non dix euros); la preuve immédiate se trouve sur le billet de banque que vous avez dans la poche. A l’origine, la raison était simple: le pluriel ne se marque pas de la même façon dans tous les pays, donc restons neutre(s). Simple et poli (pour les autres pays)…Or, nos pauvres Anglais se retrouvaient alors avec un « iouro »  bien plus imprononçable pour eux (le ‘u’ est toujours un problème) que ‘pound’…

Ils étaient pourtant presque mieux lotis que les Grecs, eux qui héritent, à cause d’un mot ‘francophone’, d’un « evro » aussi équivoque pour eux que l’était l’écu pour un Français: car si parler d’écu peut être délicat en France, ce « iouro » anglais est leur prononciation exacte de « uro », racine identique à la nôtre pour désigner tout ce qui touche l’ur-ine (urologue, urologie) ! Le cas est à peu près aussi…brûlant chez les Grecs, pour lesquels « evro » peut signifier l’urine, le pire étant le pluriel de ce mot (« evra ») qui se rapporte à toutes (les autres) sécrétions corporelles possibles. 

Heureusement, les consignes de la Banque Centrale étaient de faire figurer sur les billets imprimés par chaque pays des éléments d’architecture historique. Alors, en Belgique, c’est…l’Atomium bien sûr, et non pas le petit pisseur de Bruxelles qui n’aurait pas été si surprenant. Apparemment, l’Europe c’est bien difficile d’en contrôler le flot, y compris étymologiquement.