Difficile d’éviter un nom « politique » cette semaine, à huit jours d’un remaniement ministériel, dans lequel le nouveau ministre de la Défense et néanmoins maire de Bordeaux s’appelle Alain Juppé.
Et pourquoi Mr Juppé s’appelle-t-il Juppé? Est-ce, oui ou non en rapport avec la jupe, comme dirait Nicolas? Eh bien je vais vous le dire, même si j’eusse voulu qu’il restât uniquement maire de Bordeaux…En fait, il y a deux « écoles », les Juppé-la jupe, et les Juppé-le-juppeur, l’un et l’autre n’ayant aucun point commun.

Commençons donc par les Juppé que l’on trouve aussi parfois sous l’orthographe Juppet, que l’on met en rapport avec le vêtement féminin. Lequel d’ailleurs, et au passage, n’a rien de féminin à l’origine, puisqu’il s’agit d’un mot…arabe, « djubba », qui désigne de façon générale un long vêtement de laine, puis une tunique ou une casaque, donc plutôt un accessoire masculin. Or, cette « djubba » se porte en dessous d’un autre vêtement, d’où, quelques siècles plus tard, l’idée d’un tissu qui se porte sous une robe, et que l’on va d’abord appeler, dès les années 1300, un…jupon! Il faudra attendre la moitié du…20è siècle pour voir apparaître la jupe, puis la jupette (sous la plume d’Hervé Bazin, s’il vous plaît), mot qui va servir de jeu de mots pour désigner l’escadron de féminin du premier gouvernement dudit Alain, sous le nom de « JuPPettes ».

Il y a un autre Juppé qui n’a rien à voir avec les robes, puisqu’ll s’agit d’une autre racine qui est « l’étymon » (la forme originelle!) d’un autre mot que l’on connait bien, et plus précisément d’un verbe d’ancien-français qui est « jupper », formé sur la racine « jup »…Juppé serait donc le participe passé du verbe jupper. Et la racine « jup » signifie crier, parler fort. Le Juppé est donc le surnom d’un ancêtre qui avait la voix forte. Jupper, cela ne vous dit rien? Vous connaissez sans doute mieux le même mot que l’on a légèrement transformé pour désigner un animal qui crie, qui fait du bruit, avec le verbe…japper, c’est à dire, en général, aboyer quand cela concerne un chien, mais le mot peut s’appliquer à d’autres animaux.

Jiup/Jap, il s’agit en fait de la même racine. En ce qui concerne notre Alain, originaire de Mont-de-Marsan, il faut sans doute se fier plutôt à une étymologie d’origine béarnaise, puisqu’on a repéré dans des écrits à Arros-de-Nay (« banlieue » de Pau), des Juppé qui désignaient des marchands de pourpoints ou de cottes de laine, ce qui nous renvoie par ailleurs à l’occitan « jupa ».

Quoi qu’il en soit, souhaitons au maire de Bordeaux, dans ses nouvelles fonctions, de ne pas avoir besoin de « japper » pour se faire entendre!