Il va falloir vous y faire: ce qui est encore un néologisme (étymologiquement: un nouveau mot) va devoir devenir un nom commun, tant il est vrai que le récent exploit de la Nasa vient d’obliger la (les) langue(s) à créer un terme particulier, depuis que le robot Curiosity s’est posé sur la planète Mars.

En effet, contrairement à ce que l’on a pu lire dans de nombreux journaux, le laboratoire spatial n’a pas ‘atterri sur Mars’; il n’a pas ‘aluni’ non plus (fallait oser!)…Nous voilà donc condamnés à négocier avec une horrible sonorité qui vous arrache les oreilles, un ‘amarsissage’. Amarsir, forcément amarsir, sinon, quoi d’autre? Il est vrai que le mot a des connotations désagréables, entre amarrer et farcir, entre amener et noicir, bref rien qui puisse couler en bouche comme le délicat ‘alunir’, qui s’est posé dans la langue française aussi soyeusement que les pattes du LEM dans la poussière de notre satellite.

La répétition de trois sons ‘a’ à la suite semble être pour quelque chose dans cet effort d’articulation inhabituel, sans compter ce ‘s’ central qui ‘siffle sur nos têtes’, comme eût dit le brave Racine (Andromaque, acte V, scène 5. Par contre, pas besoin de doubler la consonne à cet endroit, le ‘r’ voisin suffit à éviter le son ‘z’). Supprimons-le donc quelques instants, et nous voici sur les flots d’un ‘amarissage’ tout proche d’un amerrissage que la planète rouge nous aurait peut-être offert il y a quelques millions d’années. Il faut pourtant respecter cette consonne finale pour honorer le dieu romain de la guerre, car avec le ‘s’, Mars çà repart.

L’usage consacrera (ou pas) cet amarsissage dont le sort linguistique se règlera dans les toutes prochaines heures, en fonction des quelques efforts des journalistes et de la puissance de persuasion des media. Il est vrai que c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que nous devons faire face à cette situation: on a attendu environ vingt siècles pour poser un avion sur la Terre (à-terre-issage); une soixantaine d’années de plus pour poser une fusée sur la Lune (à-lune-issage), et cinquante encore pour poser un robot sur Mars (à-mars-issage): la déclinaison est donc logique, pour ne pas dire obligatoire.

Ce qui est sûr, c’est que nous n’aurons jamais à nous poser la question d’un ‘avenusissage’ ou d’un ‘saturnissage’, et franchement, ce n’est pas plus mal. En tout cas, étymologiquement!