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Banlieusard

Kery James

Comme aurait pu le dire Sacha Guitry: «…ce mot, mais de quel genre est-il? D’un mauvais genre, croyez-moi…». L’auteur pensait au ‘Mot de Cambronne’; les politiciens niçois Ciotti et Estrosi, à celui que prononçait récemment sur scène un rappeur lors des Jeux de la Francophonie. En effet, dans une chanson au titre de ‘Banlieusard’, Kery James appelait à la ‘révolution des banlieues’, ce qui choqua nos élus azuréens. Pauvre territoire que la banlieue, je veux dire d’un strict point de vue étymologique, car il a fallu à peine un demi-siècle pour retourner complètement le sens de cet espace autrefois béni des citadins!

L’histoire -que vous connaissez sans doute- commence en fait vers le 12è siècle, quand apparaît le mot ‘ban’, qui définit une décision ou un ordre proclamés par un suzerain (le gouvernant local, quel que soit son titre). Avant d’être écrits et affichés en mairie, les bans sont donc des annonces par lesquelles le châtelain, par exemple, affirme son pouvoir non seulement sur la cité mais sur une zone périphérique équivalente à une lieue (1), ce qui devient évidemment la ban-lieue. Les gens de la banlieue sont alors soumis à un certain nombre de contributions (en nature, en général), et concernés par d’éventuelles levées de troupes si besoin. Pas besoin à l’époque d’envoyer des forces de l’ordre dans les banlieues, c’était plutôt le contraire…

Quand les gens de la ville ne sont pas contents ou coupables de quelque chose, on les envoie faire un tour en ban-lieue (puis au-delà), donc on les ban-nit. Pour les fêtes, au contraire, on peut convoquer les villageois, le ban (les gens de la banlieue) et même ceux qui sont plus loin, l’arrière-ban. Et comme tout le monde trouve cela normal d’être assujetti (donc protégé!) à une décision de ban, cela devient forcément ban-al! En tout cas, pendant plusieurs siècles, la banlieue ne bouge pas beaucoup (je veux dire, géographiquement), jusqu’à ce 19è siècle industriel qui attire les paysans et fait exploser la démographie des villes. Par conséquent, autant par obligation que par choix (l’atmosphère campagnarde), les banlieues, qui ne sont encore que de vastes terrains agricoles, attirent de plus en plus ceux qui veulent profiter de la ville sans en avoir les inconvénients.

En banlieue, on peut construire des pavillons, tracer des jardins et planter des potagers, bref c’est encore une ville à la campagne où l’on passe son dimanche à écouter les oiseaux, pour le plus grand plaisir du ‘banlieusard’, mot qui n’apparait que dans les années 1930 pour désigner -malgré un suffixe qui deviendra rapidement péjoratif- ceux qui ont la chance d’habiter en banlieue! Dans les années 50 encore, le chansonnier Robert Lamoureux fera fredonner à une France enchantée de reprendre des vitamines grâce aux légumes frais: ‘Banlieue, c’est un paradis que Dieu a mis sur Terre / Banlieue, c’est après Paris ce qu’on a fait de mieux’ (on rêve…).

A peine vingt ans plus tard, on a oublié LA banlieue pour ne plus parler que DES banlieues. Désormais, à part dans quelques villes (riches) de province, « j’ai une maison en banlieue » devient « j’habite la banlieue », et n’inspire plus que la compassion pour celui qui doit renouveler sa carte orange tous les mois et jouer des coudes le matin sur les quais du RER. Fini les poireaux frais acheminés sur des charrettes jusqu’aux Portes de Paris, désormais les carottes sont cuites pour la banlieue, dont on ne va retenir que l’écho de revendications psalmodiées sur des rythmes crachés dans des micros et considérés comme musicaux. Peut-être le rap est-il devenu en quelque sorte le porte-drapeau, pour ne pas dire la ban-nière des cités, mot dont l’étymologie mélange à la fois l’idée de bande (de tissu, pour faire le fanion) et celle de ban (le signal de la présence du souverain)… Malheureusement, dans la même confusion, notre langue va également créer l’idée de la bande, non plus l’étoffe découpée mais le groupe agissant, avec une connotation en général peu flatteuse (faire partie d’une bande, passer par la bande, attaquer en bande). Le pire étant que cette bande donnera naissance au terme qui définit celui qui en fait partie, le…bandit. Voilà qui n’arrange pas forcément la banlieue, au moins étymologiquement!

(1) distance variable selon les époques, à ce moment-là plus proche des 3kms que des 4kms généralement admis.


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