Dans les différents ministères du gouvernement français, il y a un exemplaire unique qui s’appelle Eric Besson, régulièrement à l’avant de l’actualité pour des déclarations, initiatives, ou actions dont le sujet n’est pas la préoccupation de l’étymologie. Par contre, ce qui tombe particulièrement mal,c’est la coïncidence du patronyme avec la situation filiale de notre Eric.

Si les événements de la vie ne lui ont, en effet, pas laissé le temps d’avoir un frère, et donc encore moins un jumeau, il s’agit bien, pourtant, de la signification de son nom! En effet, « besson » est un mot d’ancien-français (encore parfois vivace en occitan), variante de « bisson », où transparait la syllabe qui va donner tout son sens au mot, à savoir l’adverbe latin… »bis ». Oui, celui qui signifie deux, ou deux fois, selon que vous cherchez un numéro de rue ou que vous souhaitez rappeler un artiste en scène, auquel cas on a même créé le verbe « bisser ».

Bref, à Rome, un « numéro-bis » dans une famille prenait une valeur (et un symbole) particulier(s) quand l’enfant en question arrivait…par deux. Evidemment, on appelle cela plus communément des jumeaux. (Remarque: on dit toujours « des » jumeaux, et non « deux » jumeaux, contrairement à l’habitude parlée, puisque jumeau signifie déjà deux (*). Dire « deux jumeaux » devrait donc théoriquement désigner quatre nouveaux-nés…). Toujours est-il que le « garçon X 2 » va donc être surnommé le bisson, puis le besson, forme de patronyme que l’on rencontre plutôt sur l’axe médian de notre pays, de la Charente au Rhône.

Dans d’autres régions, on trouvera d’autres jumeaux de la même famille (linguistique), qui vont s’appeler les Bessond (dans l’Ain), les Bessoud (en Isère) ou les Bessou (en Aveyron). Sans compter tous les diminutifs comme Bessonnat, Bessonneau, ou Bessonnet (en Bourgogne ou Franche-Comté). Le procédé n’est pas si surprenant, et même quasi-systématique: Avez-vous remarqué que les enfants d’une même lignée ne portaient pas des numéros, mais que, à défaut de les appeler par leur prénom, on les désigna longtemps par leur « rang »: l’aîné (du latin -bien chahuté, d’accord- « antius », avant), c’est celui qui est né « devant », le premier. Venait ensuite celui qui était « né après », ce qui se disait littéralement « puis-né » (puis, déformation du latin -bien chahuté, d’accord- posterium, après) + né, mot abandonné au profit de…cadet, évidemment. Quant au petit dernier, le benjamin, rien à voir avec une construction linguistique: il s’agit tout simplement de la transposition telle quelle du prénom hébreu « benyamin » (vous vous en seriez douté), lequel signifie « celui qui a été fabriqué de la main droite » (sic!) donc celui qui a de la chance (d’où la tradition populaire du « petit-dernier-favorisé »…)

Peu importe: un enfant unique est tout à la fois son ainé, son cadet et son benjamin, mais même si notre ministre ne fait que porter le nom d’un ancêtre lointain, voilà à tout le moins un exemple de « jumeau » assez unique, n’est-il pas?

(*) Chanter « nous sommes deux soeurs jumelles, nées sous le signe des Gémeaux » est donc totalement incorrect, étymologiquement parlant! Mais c’est si beau…