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cabotisme*

cabotisme

Le mot est ce qu’on appelle un ‘barbarisme’, littéralement un terme qui n’existe pas dans une langue, puisqu’il est inventé ou pratiqué à tort par des gens ‘de l’extérieur du pays’, des barbares. Or, ce terme vient d’être utilisé par Valérie Rosso-Debord, ‘barbarella’ politique (de droite) pour qualifier la présence d’Arnaud Montebourg (de gauche, forcément) sur la couverture du magazine hebdomadaire du journal ‘Le Parisien’ de ce jour. Sur la photo, le ministre, en pull marin, est censé vanter l’excellence des produits ‘made in France’; par contre, dans son commentaire, la dame qui critique ne met pas spécialement à l’honneur la langue française. On suppose, à tout le moins, qu’elle souhaitait parler de cabotinage (what else?); ou bien alors, en spécialiste de la voile, pensait-elle à du cabotage. Allez donc savoir ce qui se passe dans la tête des barbaresques.

Traite-elle le champion du Redressement Productif de cabot, nom commun un peu familier pour désigner aussi bien un chien que quelqu’un d’un peu « m’as-tu-vu », comportement généralement attribué à des (piètres) comédiens qui en font un peu trop? En fait, assez bizarrement, les chiens, les comédiens et les marins ont la même racine, ou à tout le moins la même idée de base, sans compter le patronyme, qui existe tel quel! Pour comprendre tout cela, il faut se prendre un peu la tête.

L’origine des Cabot,  c’est tout simplement le mot latin “caput”, la tête, que l’on retrouve en français dans le mot “cap”, exactement. Un cap, c’est le bout du territoire, ou, de façon plus imagée, la “tête” de la terre. Le Cap de Bonne Espérance, le Cap Gris-Nez, ou…le Cap-Ferret, c’est toujours un lieu qui est à la pointe d’un pays, donc à sa tête. Si vous êtes encore perplexe, restons dans la géographie d’un pays: la ville qui est à sa tête, c’est la…CAP-itale, évidemment, la racine est strictement la même. Les Cabot, c’était donc des gens auxquels on avait donné, avec une certaine raillerie, le surnom de “petite tête”, probablement en raison d’une tare physique, et pas du tout intellectuelle. Le mot était à prendre vraiment au sens propre. Dans la même famille linguistique, on a créé les Cabet, les Cabette et les Cabat (pas les cabas!), auxquels il faut rajouter le diminutif Cabatin, et même les Cabotin, dont on va reparler. Sans oublier au passage les Cabut, nombreux dans le Grand Sud.

Ne soyez pas surpris que le “P” du mot latin cap soit devenu un “b”, c’est un phénomène tout à fait naturel. Regardez: en français, on dit “cap” pour la tête, mais en espagnol, on a bien «cabeza». C’est d’ailleurs l’autre mot espagnol ‘cabo’ (le cap géographique) qui va donner le terme de cabotage -et pas un autre- pour définir une navigation au plus près des côtes, c’est à dire littéralement toujours en vue d’un cap ou d’un autre.

Mais alors, d’où vient le cabotinage, et pourquoi appelle-t-on les chiens des cabots? Eh bien pour la même raison que ‘caput’, sauf que, chez les animaux, le sobriquet désignait, contrairement aux humains, des races qui avaient une grosse tête, ou la tête dure, donc des chiens têtus, qui avaient une drôle de…caboche! Et pour ce qui concerne les comédiens, il semble bien que “cabotin”, celui qui tire la couverture à lui au théâtre ou au cinéma, soit un chien de la même chienne, car on trouve le mot pour la première fois au 17è siècle, à l’époque de Louis XIII, pour qualifier un comédien ambulant, qui, pour se faire bien entendre, “gueulait” son texte comme un chien qui aboie, histoire d’écraser ses camarades en scène, d’où le surnom de ‘celui qui fait du bruit pour se faire remarquer dans la troupe’ (ou la meute, c’est comme vous voulez).

Avant d’en finir, il faut parler du nom de famille le plus insolite, qu’on a formé sur la même racine que Cabot ou plutôt sur sa variante Cabin, c’est les petits Cabin à savoir les…Cabinet, ce qui signifie en français ‘les petites têtes’, et non pas ce que vous croyez! Car ils n’ont rien à voir avec le mot italien “gabinetto”, qui désignait un petit meuble intime qu’on rangeait dans un coin, pour ne pas dire un petit coin, et qui a fini par se spécialiser en ce que vous savez.

Mais le Cabot le plus célèbre est un certain Jean -très connu au Canada et pour cause- navigateur de son état, qui zonait le long des côtes du (futur) Nouveau Monde dans les années 1497 pour le compte du roi…d’Angleterre (un chien de traitre, donc), et qui découvrit un territoire de pêche renommé: le Cabot en question venait en effet de trouver le futur territoire de Terre-Neuve (çà ne s’invente pas!)…Nous voilà donc un peu loin de la faute de langage de notre femme politique qui s’est assez ridiculement trompée. J’en conviens, pas de quoi aboyer après cette p’tite-tête qui s’est sans doute pris la grosse tête. Ne pas le reconnaître serait sans doute une certaine forme de…cabautisme*

(*) le signe astérisque à côté des mots indique qu’il s’agit d’un mot inexistant dans notre langue (le fameux barbarisme).


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