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Daemon

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La polémique du jour vient du nord (de la France), au sujet d’une déclaration d’état-civil: des parents souhaitent en effet donner le prénom Daemon à leur nouveau-né, requête repoussée par l’officier préposé et par la préfecture, au motif -légitime et dûment répertorié par l’Administration- que le terme est susceptible de nuire plus tard à l’enfant…Il en va ainsi de certaines élucubrations parentales (on se souvient d’un cas récent où Mr et Mme Renault voulaient appeler leur fille Mégane), et, bien que les choses se soient nettement libérées dans ce domaine (impossible, il y a quelques années, de prénommer sa fille Cerise ou Framboise), il reste encore des noms qui font débat. L’étymologie peut-elle apporter une aide en la matière?

Oui, elle peut! Car le problème initial est le suivant: Daemon, prénom emprunté au personnage d’un feuilleton américain (1), a le gros inconvénient de se prononcer «démon» en français, ce qui semble évidemment promettre le bambin à quelques remarques de la part de sa directrice de maternelle en cas d’excitation en classe. Sans compter celui qui ne manquera pas de lui tomber dessus, une fois la quarantaine venue, et qui se manifeste en général «à midi». Rien qu’aujourd’hui, quand le journaliste de télévision commence le commentaire de son reportage par «C’est l’histoire d’un petit ange…», on se dit que le gamin va vivre l’enfer.

Or, le mauvais esprit a dû investir aussi bien l’officier d’état-civil que notre journaliste, puisque le «démon» n’est pas le…diable! En effet, puisque l’une et l’autre de ces personnes faisaient assaut de «culture latine» pour critiquer ce choix parental, il s’agit en fait d’un mot…grec (2), qui n’a rien à voir avec un bonhomme aux pieds fourchus et à la queue pointue, comme on le croit généralement. En réalité, un ‘daïmon’ (prononciation grecque) signifie un dieu, une divinité, tout simplement. Et même un dieu puissant. Bien sûr, il n’a pas l’identité précise d’un Zeus ou d’un Hermès, mais il représente un ‘concept’, comme on dirait aujourd’hui, qui est plutôt…favorable et bienveillant! Du coup, il va souvent qualifier les «dieux du hasard», lequel peut faire les choses bien ou mal. Et comme les humains ont plutôt tendance à voir le mal partout, il va, hélas, vite devenir un mauvais présage, d’où le glissement de sens.

Dans le même registre ‘équivoque’, les marins (et d’autres) savent bien que une «fortune de mer» n’est pas (du tout) un cadeau, bien que le mot soit alléchant…Mais revenons à nos boucs: le ‘daimon’, c’est donc une manifestation divine positive liée au destin, et bien souvent une protection dans le parcours de vie de la personne. Ce que les chrétiens appelleront plus tard un…ange gardien! Ou, si vous préférez les contes, c’est exactement l’idée de la fée qui se penche sur le berceau à la naissance pour vous gratifier de dons personnels; ou encore, l’image du ‘bon génie’. Bref, rien que des bonnes nouvelles…Seulement voilà, on sait bien que les fées peuvent être maléfiques, tout comme les anges peuvent devenir démons, et voilà l’équivoque (infernale) qui fait de Daemon un synonyme de Diabolo, à cause de l’interprétation qu’en fera l’Eglise des premiers siècles de notre ère: en effet, l’homme n’est pas censé avoir de ‘génie’ (surtout Créateur!) pour ne pas égaler Dieu, puisqu’il a perdu pour toujours cette connaissance divine (une sombre histoire de pomme, je crois) d’où cette…diabolisation, au sens on ne peut plus propre.

Car étymologiquement (toujours en grec), le «diable» vient d’un verbe qui est «diaballo» (dia-ballo) que l’on peut traduire très précisément par ‘jeter entre’, pour décrire ‘ce qui sépare’, ‘ce qui vient coincer ou désunir’ quelque chose…Plus tard, le sens du mot va évoluer pour désigner la calomnie , c’est à dire ce qui perturbe les gens en venant mettre la confusion dans les esprits, soit littéralement ce qui sépare la raison de la passion. Equivalent religieux: ce qui sépare pour toujours la créature de son Créateur, l’humain du divin, l’ange du diable! Il faudra attendre l’époque classique française pour que resurgisse (officiellement) l’ancienne idée grecque de la ‘possession divine’, du ‘souffle divin’ qui se manifestent dans l’inspiration (littéraire, poétique, artistique). Voilà peut-être pourquoi les artistes et les créateurs ont pendant longtemps vu leur(s) liberté(s) réprimée(s). On ne s’approche pas impunément du ‘démon’ sans se brûler les ailes (d’ange)…surtout quand on prétend importer bêtement un nom américain dans un foyer du Cambrésis. Cela étant, on ne peut pas s’empêcher de constater que les modes aussi sont parfois diaboliques: même le prénom Ange, particulièrement prisé il y a quelques générations en Corse et en Provence, n’est parfois pas très facile à porter; les derniers exemples cités dans les media concernaient des parrains de la mafia et des caïds du Milieu. Comme quoi…

(1) Vous me direz, rien que çà, déjà, les parents…
(2) Soyons honnête, le mot existe aussi en latin, mais l’orthographe est directement calquée sur le grec le plus pur.


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