C’est le grand retour des soldes d’été, et, avec eux (elles?), se pose comme chaque année la question récurrente du genre: dans ce contexte, ‘solde’ est-il masculin ou féminin? En fait, la réponse est claire, mais la question laisse souvent perplexe (essayez, autour de vous, de demander à brûle-pourpoint le singulier du mot). Heureusement, l’acheteuse en folie n’a qu’à dire ‘je vais faire les soldes’, ce qui simplifie tout, la seule chose qui importe étant alors de surveiller LE solde (çà, c’est sûr) de son compte, surtout s’il reçoit LA solde du mari militaire….Alors, ce pluriel? Pour bien comprendre l’un et l’autre genres, il faut remonter aux romains.

Au commencement était le verbe ‘solidare’, et aussi l’adjectif ‘solidus’. Solidus, solide, le parallèle est transparent, il est donc question de rendre plus dur, plus stable, plus ferme, bref, de con-solider quelque chose. Que ce soit au sens propre (rendre un mur plus solide) ou au sens figuré (consolider le capital d’une entreprise, pouvoir compter sur quelqu’un de solide), le sens est resté le même. Les ‘soldes’ auraient donc un rapport avec une histoire de solidité…

Car, dans la même famille que ‘solide’, il existe un mot…solidaire, qui est ‘sol’, tout simplement. Rien à voir avec la terre ou le soleil; il s’agit du mot d’ancien-français qui désignait un sou! Sou est d’ailleurs tout simplement la forme dite ‘vocalisée’ (transformée à l’aide d’une voyelle) du mot ‘sol’. D’Artagnan comptait ses sols; Picsou compte ses sous, question d’époque, et de linguistique…Mais alors, quel rapport entre une pièce de monnaie et l’idée de raffermissement? C’est tout simplement que la création de cette monnaie (plus généralement, de LA monnaie) a permis de fixer un cours stable, d’abord indexé sur l’or, puis sur l’argent, et enfin sur le cuivre (l’euro, entre autres!). On n’était pas encore à la Bourse, mais, finalement, il s’agissait bien de consolider une valeur; bref, un sou, c’est du solide, au moins étymologiquement.

Du coup, cet argent sonnant et trébuchant va servir à payer des gens au service de l’Etat, que l’on va appeler des ‘soudiers’, puis, en restituation la racine non vocalisée ‘sol’, des ‘soldiers’, qui deviendront vite des sold-ats, forcément à la solde de celui qui les emploie. Le mot aura même une variante péjorative, désignant à l’origine un mauvais soldat, en l’occurrence un ‘soudard’ (avec le retour de la racine vocalisée, toujours avec l’alternance sol/sou). Et si c’était un mauvais soldat, c’est que probablement on pouvait le corrompre en lui donnant des sous, littéralement, en le sou-doyant!

Le plus fort, c’est que, parallèlement, le verbe ‘solidare’ va également avoir une forme plus oridnaire, plus contractée: on passe donc de solid(are) à…souder, c’est à dire, toujours avec le même sens, affermir, rendre plus solide deux éléments d’une structure. Pas question ici de travaux de métallurgie, car, à l’époque de Montesquieu, souder/solder consistait à…bétonner un compte ou un dû, c’est à dire s’acquitter du montant restant sur une dette, d’où l’expression ‘solder son compte’.

Et c’est ainsi que, pour liquider ses stocks au plus vite, le commerçant bon gestionnaire affichera des prix attractifs pour le consommateur, avec des rabais qui lui permettront de solder les factures de ses fournisseurs, et ainsi forcément faire la soudure jusqu’à la saison prochaine.