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Marceau (Sophie)

Le traditionnel palmarès de fin d’année sur les personnalités les plus appréciées confirme largement que, « pour être aimé, il vaut mieux vivre caché » (et bien la fermer; Goldman, Cabrel et Belmondo, en tête et dans le top 10 chez les hommes, n’ont pas écrasé le public de leurs oeuvres récentes); mais chez les femmes, un petit coup de gueule de temps en temps peut entretenir un doux souvenir puisque c’est l’actrice fétiche du réalisateur Andrej Zulawski qui tient le haut du classement. Marceau, un nom idéal pour faire vendre…

Car voilà un bel (et facile) exemple de phénomène de ‘vocalisation’, cette figure de linguistique que vous connaissez maintenant parfaitement: il s’agit de la ‘transformation’ d’une consonne (en général, un L, parfois un m ou un n) en une voyelle. L’exemple traditionnel est bien sûr cheval/chevau(x) ou canal/canau(x), mais le système vaut également pour les noms dits-propres, comme les Duval/Duveau (ce dernier n’ayant donc rien à voir avec la vache), Chazal/Chazeau (ou Chazot!) et quelques centaines d’autres.

Ici, le ‘marceau’ de Sophie est un mot dont la forme première était…marcel (chauffe!). Si vous ajoutez un second effet de variation entre les voyelles ‘a’ et ‘e’, voilà qui nous fait remonter jusqu’à l’époque romaine, avec un ‘mercel’ autrement dit un ‘mercellus’. Cette racine ‘merc-’ (en fait, ‘merx’ très exactement) qualifie tout ce qui a rapport avec le com…merce, de façon générale.

En ancien-français, le sens restera le même pendant quelques siècles: on va coller au terme initial l’un des suffixes qui nous sert à former un métier (ici: -ier), et nous voici avec un ‘merc-ier’ ou une mercière, c’est-à-dire à l’origine un com-merçant tout court, un vendeur d’un peu tout et n’importe quoi. Or, au Moyen-Age, pas question pour eux de boutique ou de magasin (même pas grand) mais simplement d’un panier de colporteur, ou d’un tapis de vendeur à la sauvette. Ce n’est qu’à l’époque dite classique que le mercier, sans doute pour éviter le tour de reins, va transporter des choses de moins en moins lourdes et s’en tenir aux fils, aiguilles et autres laines, refilant in-fine sa panière à la mercière pour devenir, lui, un…merchant devenu marchand!

Du coup, il faut rajouter, dans la même vitrine que les Marceau, les Mercier, les Lemercier et les Mercer, cousins linguistiques de ceux qui ont gardé le ‘a’ comme les Marcel, Marcellin, et autres Marcellon, pour ne citer que les plus fréquents. Tous ces gens sont de fidèles descendants du dieu du commerce, Merc-ure (on ne dit pas Marcure), et peut-être objets de la vente aux esclaves moderne appelée ‘mercato’, système de…’marketing’ (toujours des variantes de la même racine) qui permet la ‘marchandisation’ des footballeurs…

Mais, si vous êtes restés jusqu’à cette ligne, vous pestez peut-être en pensant « cet article est nul » car vous savez depuis longtemps que Marceau n’est pas son vrai nom, bien sûr! Elle s’appelle en fait Sophie Maupu, état-civil tout à fait honorable mais nettement moins ‘euphonique’ (agréable à l’oreille; et puis, sait-on jamais…). C’est l’intuition judicieuse du réalisateur Claude Pinoteau qui lui proposera de prendre un pseudonyme à l’orée de sa carrière (1).

Il faut alors partir à la recherche -ou plutôt plonger dans les profondeurs- de ce nom dit ‘rare’ dans quelques pages sommaires (et fausses) sur internet; il faut avouer que la racine est équivoque (ou multiple?) même si la composition du mot lui-même est simple: il s’agit d’un collage entre les deux syllabes ‘mau-pu’ (jusque là, ça va), la première étant, comme toujours, une ancienne forme vocalisée de ‘mal’ (2) au sens de mauvais, comme dans Mautemps (no comment), Mauvezin (pour mau-voisin), Mauléon (le méchant lion), Maubourguet (le vilain petit bourg), etc…(3)

Pour la seconde partie, ça sent mauvais, mais pas étymologiquement; à part une cocasse irruption d’un synonyme de ‘mal nourri’ dont on peine à alimenter la provenance, les linguistes les plus sérieux associent le mot à une déformation de Maupout (il existe aussi des Maupoux et des Maupouet), possible construction sur le très malléable son ‘pouy’ (ou pouch ou puech, ou pech, etc..selon les régions), ce qui reviendrait à situer une ‘mauvaise colline’.

La question ultime étant toujours de choisir (ou au moins de privilégier) la plus logique des ‘étymos’, je rajouterais bien une petite hypothèse avec le ‘poutz’ des Pyrénées-Atlantiques ou le ‘poux’ (dont on n’est pas obligé de faire sonner le ‘x’) de la Haute-Loire, l’un et l’autre ayant un rapport avec un puits. Sachant l’importance que pouvait avoir pour nos ancêtres la disponibilité d’un puits et/ou la qualité de son eau, un ‘mauvais puits’ ne pouvait manquer de se faire remarquer…

Et les plus gascons d’entre vous connaissent peut-être des Maupeu, dont Maupu pourrait être une ‘exportation’ sonore dans une autre région; mais on a alors affaire à un mau-peu, le second élément étant ici une forme de ‘pel’ (ou piel, en espagnol) soit…le poil. Ce qui nous donne, littéralement, le sobriquet (réel) de quelqu’un de mauvais poil, ce qui ne saurait être le cas de notre héroïne.

Voilà donc plusieurs possibilités, pour lesquelles on ne va pas se faire la guerre pour autant. Sauf que, si Sophie se nomme Marceau, c’est que le dit-réalisateur lui avait proposé de choisir comme pseudo un symbole bien français en choisissant par exemple parmi le nom des avenues de Paris, dont celles autour de la Place de l’Etoile! Outre que le fait de porter Mac-Mahon, Friedland, Iéna ou même Kléber eût été sans doute moins facile, elle se retrouve donc à partager l’identité du général de division François Séverin Marceau-Desgraviers (ouf, on a échappé au doublon), ambitieux ex-fantassin de la Révolution française, mort en 1796.

Voilà en tout cas une comédienne sortie du trou (du puits) montée jusqu’au sommet (de la colline) et forcément destinée à devenir un jour une Marianne (de la République). Au moins étymologiquement!

(1) Au cas où le film fasse d’elle une vedette, tu parles ‘la Boum’!

(2) Comme marcel/marceau; voilà la raison du paragraphe…

(3) Le…mot se retrouve également en fin de toponyme, comme dans Lucmau par exemple (en gascon de source…celte, le mauvais bois, souvent au sens de dangereux)


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