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patibulaire

Patibulaire

Le mot est récemment revenu dans l’actualité, pour qualifier, selon un journaliste français, ‘un triste sire à la mine patibulaire’, en l’occurrence Nikos Michaloliakos, le dirigeant du parti néonazi grec, appréhendé par la police pour organisation criminelle. Malgré l’étymologie de son prénom (Nikos, le victorieux), cette fois le fils de Michel (Michaloliakos) a perdu la partie. Intéressons-nous donc à cet adjectif étrange et un peu oublié de ‘patibulaire’: à votre avis, une histoire de pattes? De pâtes? De pâtés? Ou de patibule? Et si c’est cette dernière hypothèse, qu’est-ce donc que ce patibule?

En fait, il faudrait également se demander ‘où’ est ce patibule. Mais il est vrai qu’à l’origine, il s’agit d’un objet, lourd, encombrant, mais surtout pénible, et c’est le moins que l’on puisse dire. Vous avez sans doute deviné que le terme est tout proche de sa version latine -patibulum- formée de deux mots: la première partie vient de ‘pati-’, racine du verbe patior, qui signifie souffrir (un patient, l’empathie ou la sympathie c’est à dire la capacité de souffrir avec quelqu’un, font partie de la même famille). La seconde est un suffixe diminutif qui exprime soit un objet, soit un lieu (un vestibule, l’endroit où l’on ‘pose sa veste’; une mandibule, une partie de la mâchoire; et même avec une autre racine, un noctambule ou un préambule, c’est un petit texte qui ouvre un livre ou un discours, etc).

Le pati-bule vient donc de l’époque romaine, celle où l’on reboisait les collines des territoires juifs occupés par des croix ornées de condamnés à mort. Bien que la croix dite de St-André (en X) était la plus utilisée, l’instrument de torture le plus connu a traversé les siècles avec la forme sur laquelle a souffert Jésus de Nazareth, une poutre plantée en terre (la verticale) sur laquelle on venait fixer une transversale où était écartelé le supplicié. La peine commençait bien avant l’érection de la croix, puisque ce dernier devait lui-même porter sur ses épaules et acheminer le ‘patibule’ (littéralement: le ‘petit’ morceau de la croix qui fait souffrir) jusqu’au lieu du calvaire.

Ce patibule disparaît (presque) avec la chute de l’Empire Romain, les autres nations ou tribus ayant largement assez d’imagination pour inventer d’autres joyeusetés pendant les invasions barbares…Nous voici donc au seuil du 13è siècle, où le mot entre dans le vocabulaire français médiéval, en même temps que l’on crée son adjectif, le patibulaire. Car désormais, le patibule a un nouveau modèle: ce n’est plus une croix à deux segments, mais une sorte de fourche, beaucoup plus pratique pour fixer et écarter les bras des suppliciés*. De loin, le patibule a désormais davantage l’apparence d’une sinistre fronde chargée de cadavres que l’on abandonnait, en attendant l’arrivée des charognes chargées de nettoyer tout ça. On va donc qualifier ces fourches de ‘patibulaires’, d’où l’invention du mot.

De fait, comme assez souvent en linguistique, le terme va s’appliquer progressivement à tout ce qui a un rapport avec le nouveau dispositif: les alentours du site, les rues adjacentes voire le quartier tout entier, vont devenir des lieux ‘patibulaires’, tout comme les bourreaux chargés de l’office, recrutés parmi quelques soldats ou repris de justice et malheureusement à l’allure assez éloignée de princes charmants à la boucle blonde. Le costaud mal rasé et édenté devient donc le prototype du mec « patibulaire », lequel se recyclera bientôt dans la crémation sur bûcher puis la décapitation mécanisée.

Et voilà comment, quelques siècles plus tard, un mythomane infantile du nom de Walt Disney figera l’image du méchant bandit sous les traits de Pat’ibulaire, première orthographe fidèlement transcrite d’après son nom américain: Black Pete (Patrick le Noir**, couleur censée résumer tous les caractères du personnage: vêtements, pilosité, et nuance de l’âme). Désormais tout est dit, et malheureusement, le symbole risque sans doute de ne pas s’apaiser avec la photo de notre fasciste hellène.

(*) rappelons que le supplice de la croix s’achevait principalement et d’abord par une asphyxie à cause de la compression de la cage thoracique, bien avant tout douleur due aux clous ou blessures par armes
(**) tout comme on surnommera Erik le Rouge (couleur de sa moustache autant que celle du sang versé)


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Un commentaire au sujet de patibulaire

  1. « Patibulaire mais presque. »
    Coluche.

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