Arnault, forcément Arnault. L’histoire belge du moment concerne celui qu’on appelle désormais «l’homme le plus riche de France» (et bientôt de Belgique donc). Petite question à la cantonade : «Arnault (ou Arnaud, le mot est le même), qu’est-ce-que cela vous évoque?» Un nom plutôt commun, voire même un peu ringard en tant que nom ‘propre’ («Les Arnaud», film de Léo Jeannon en 1967, avec Bourvil et…Adamo), et un prénom un peu mieux apprécié dans certaines familles. Bref, rien de très planant, et pourtant, on ne peut pas faire plus royale comme étymologie.

Planant, royal…vous pensez immédiatement à un aigle bien sûr, et c’est effectivement la racine de ce surnom, appliqué il y a très longtemps à l’un de nos envahisseurs préférés, le germain. Arnault est en effet la forme francisée de deux syllabes, ‘arn-’ + ‘wald’, c’est à dire l’aigle-qui-gouverne, qui commande. Il y a de fortes chances, comme d’habitude, que l’épithète ait concerné, il y a une quinzaine de siècles, un géant chevelu et braillard dont l’autorité planait sur une armée ou une tribu, d’où l’idée du surnom. (Quelques siècles auparavant, le Sénat romain aura eu la même idée avec l’aigle, en trimballant ses totems en bois en tête des armées de Jules. Sans parler d’autres empires dans les siècles à venir qui adopteront le volatile en y laissant parfois quelques plumes)

En se disséminant à travers tout le (futur) territoire français, Arn-wald va devenir Arn-waud (toujours ce phénomène de vocalisation du L en U), puis Arn-aud, tout simplement. Il existe encore une forme ancienne en Arnal (en Aveyron) ou Arnau (dans le Gers), toutes les autres variantes actuelles donnant Arnaud (comme le tennisman Clément ou le ministre Montebourg), Arnault (l+t=d) ou Arneaud. Plus, comme très souvent, un diminutif composé d’un suffixe -eau, ce qui nous donne les Arnaudeau (Vendée et Loire-Atlantique), eux-mêmes à l’origine des Arnaudeix limougeots, des Arnaudin girondins, et autres Arnaudy.

Il faut croire que l’aigle autoritaire avait fait son nid un peu partout, puisqu’on trouve dans les régions de l’Est (de la France mais aussi de l’Europe) le terme Arnod (simple question de phonétique) et donc, forcément, Arnold. De là que Bernard se prenne pour Schwarzenegger, l’aigle du culturisme autrichien puis du népotisme californien…

Enfin, tout proche des Arnault et associés, on peut également penser aux Arnoud, Arnoux (comme le pilote automobile René) et autres Arnoul (comme l’actrice Françoise), qui partagent avec l’ancêtre du futur potentat belge cette première syllabe ‘arn’ qui signifie aigle. Le son ‘ou’ final vient cette fois d’un ‘wulf’ de la même époque, qui évoque évidemment un loup. Bernard serait-il un loup pour le contribuable français? Il ne faut pas forcément avoir la vue de l’aigle pour trouver la réponse.