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Bosse (Pierre-Ambroise)

Bosse

Sport encore, et particulièrement athlétisme puisque quasiment toute la presse de ce jour, sportive ou non, affiche à la Une le sourire d’un champion du monde -français, est-il besoin de préciser- dont l’allure a manifestement laissé sur place les favoris de ce demi-fond. Globalement, les journaux se sont abstenus de jeux de mots trop primaires (1), alors que, pour une fois, le mot aurait pu être utilisé sans réticence, le ‘bosse’ en question étant réellement et directement issu ‘d’une’ ancienne bosse.

Car les caractéristiques physiques ne se transmettent pas davantage à travers les siècles que les valeurs (ou pas) morales, ni les traits de caractère. Après plus de cinquante générations, vous n’êtes pas redevable envers votre ancêtre si vous êtes blond alors qu’il s’appelait Leroux (ou si vous êtes nul en orthographe bien que petit-fils d’un Larousse), si vous avez un casier judiciaire chargé sous un état-civil Lejuge, ou si vous êtes loin d’être un manuel tout en étant Charpentier.

Tout ça pour dire que, visiblement, la seule bosse que peut avoir notre sportif est celle du chronomètre (pour les maths, je ne sais pas), bien que, étymologiquement, elle fasse bel et bien allusion à l’excroissance physique que devait supporter l’un de ses aïeux. Au Moyen-Age, période par ailleurs plus abondante qu’aujourd’hui en difformités de tous genres en raison d’un savoir médical plutôt sommaire, le Bosse désigne prosaïquement un bossu, dont le prototype deviendra célèbre dans la littérature avec la posture du chevalier de Lagardère créé par Paul (Féval), idée ‘pompée’, vingt-ans plus tard (2) d’après le Quasimodo de Victor (Hugo).

En ces temps de cathédrales, l’adjectif bossu ou le nom commun bosse sont utilisés indifféremment pour surnommer un homme…bosselé. Bien sûr, il s’agit le plus souvent d’une déformation du dos (ou de la poitrine) mettant en évidence un relatif handicap de mobilité; mais, à l’origine, cela concerne toute ecchymose qui se forme après un coup violent, plus visible il est vrai sur des parties dures du corps, la bosse du chameau (ou du dromadaire) n’étant alors qu’une comparaison exagérée par rapport au gonflement d’une peau remplie de lymphe ou de sang chez l’humain, de graisse (et non pas d’eau!) chez l’animal. Etymologiquement, la bosse est consécutive à un verbe d’ancien-français lui-même issu du germanique ‘botan’, soit frapper. Logique…

C’est cette racine ‘bot’ qui se transformera, d’abord graphiquement puis phonétiquement, en ‘bos(se)’ puis ’bout’, l’unique mot de notre langue qui conservera le son (et le sens) d’origine étant le verbe -lui aussi ancien et maintenant désuet- ’bouter’, dont la seule utilité est désormais de pouvoir faire dire à Jeanne d’Arc qu’elle «a bouté les Anglais hors de France», c’est-à-dire qu’elle leur a ca…bossé le casque et le bouclier jusqu’à leur faire regretter d’avoir quitté leurs camps de la jungle de Calais.

Rien de bien grave donc dans cette histoire de bosse, laquelle, à une époque plus moderne, aurait pu faire penser d’abord à un gondolement sur la route du Tour de France (demandez aux coureurs) ou à un obstacle pervers d’un parcours de ski spécialement élaboré pour fabriquer des retraités olympiques en fauteuil roulant…Je ne fais donc que mentionner pour mémoire deux autres provenances linguistiques (rares mais toujours possibles sur un mal…entendu): dans les régions du Nord, quelques Bosse viennent de la francisation du germain ‘boso’, qui veut dire méchant ou mauvais, ce qui, de l’avis général, ne saurait être le cas de Pierre-Ambroise; à l’opposé géographique, la zone de langue d’oc compte d’autres Bosse sortis du bois (bos en gascon, que l’on retrouve plutôt sur des noms de lieux comme Cap de Bos), là encore peu nombreux d’un point de vue étymologique, et surtout moins probables.

Le véritable trésor de notre athlète est en fait son prénom Ambroise, lui aussi relativement rare (sauf à l’époque médiévale, encore) mais très précieux puisqu’issu du grec ‘ambrotos’ qui signifie immortel, qualité des dieux de l’Olympe conférée par la consommation sans modération de deux breuvages sacrés dont justement…l’Ambroisie (si, si, avec majuscule) mais aussi le Nectar, littéralement ‘celui qui ne-c-tue pas, donc l’immortel (3). Le (pré)nom est donc parfaitement adapté à quelqu’un destiné à rouler…sa bosse dans le palmarès des immortels de son sport. Y compris étymologiquement!

Ps: au fait, le ‘boss’, le chef, vient d’un mot néerlandais qui veut dire patron; pas le directeur d’une start-up informatique évidemment mais à l’origine un patron au sens ouvrier, plutôt contremaître ou chef de chantier. Piqué (comme souvent) par les Anglais au 18ème siècle, ce boss va devenir, dans un premier temps, un chef…de parti, puis un responsable dirigeant d’une société (voire, parfois, un dirigeant pas responsable; mais c’est une autre histoire).

(1) Astucieux «C’est lui le Bosse» (Libération)
(2) Contrairement à ce que l’on croit souvent, ‘le Bossu’ (roman) est largement postérieur à ‘Notre-Dame de Paris’, et littérairement et historiquement!
(3) Explication datant de l’époque romantique, et probablement un peu comme son époque…


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