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Camus (Albert)

Camus

Un ‘Joyeux Non-Anniversaire’, pour le centenaire de la naissance du dernier (1957) Prix Nobel de littérature français parmi treize autres (1) : universel mais controversé, l’auteur de «l’Etranger» a ravivé le souvenir de quelques personnalités mais peu de visibilité médiatique, en raison de ses prises de position sur l’Algérie. Ce patronyme d’origine forcément métropolitaine (à l’époque) a l’air d’être simple -et il l’est- mais saurez-vous prendre quelques instants pour deviner son étymologie? Si vous avez un peu de nez, vous allez trouver…

Je suis sûr que vous avez eu le nez creux, un peu ou même beaucoup, puisque si vous mettez le doigt dans le camus, il s’agit logiquement du nez; en effet, le nom propre (comme doit l’être le nez, même commun) vient bien de cet adjectif très spécifique et quasi-exclusif réservé à l’appendice nasal. Le mot définit une forme courte et aplatie, que l’on confond parfois avec…aquilin, qui est en fait son exact contraire: aquilin venant du mot ‘aigle’ et décrivant donc une forme crochue et pointue comme le bec du rapace (2). Bref, pas de quoi se taper sur le nez pour autant, les Camus descendent d’ancêtres non pas boxeurs (sauf chez les Cerdan, le gène de la boucherie ne se transmet pas) mais dont la cloison nasale était -génétiquement cette fois- écrasée.

Reste à savoir pourquoi. Peut-être en raison d’une souche familiale localisée (et fixée) depuis des millénaires sur le continent africain, à condition de prendre ce dernier mot au sens le plus large. Pour certaines populations, la langue française appliquera d’ailleurs le terme ‘épaté’ à la même morphologie, c’est-à-dire, littéralement, ‘sans pattes’. Un nez épaté, ce n’est pas un museau surpris mais parfois surprenant pour certains de nos aïeux: contrairement au nez ‘européen’ pourvu d’une petite ‘patte’ de chaque côté de la cloison centrale pour faire tenir la narine, la variante é-pat(t)ée manquait forcément de ce support pour dresser une forme ‘pointue’, d’où son nom…Dit-on pour autant que le pif occidental est ‘empatté’?

Mais revenons à nos Camus, dont le mot se compose, quand même, de deux narines étymologiques: ca+mus. La première syllabe est en fait un préfixe dit péjoratif (quelque chose de…ca-ca, mauvais, ou pas ‘normal’ au sens d’ordinaire, ou régulier, en fonction de l’objet); la seconde partie est la racine réelle, empruntée au latin ‘mus’, qui signifie…le nez. En fait, ce ‘mus’ vulgaire restera attaché aux animaux, pour faire le mot ‘mus-eau’; au contraire des espèces ‘nobles’ (l’homme et le cheval) qui bénéficieront d’un savant ‘nasus’ qui donnera nasal et naseau, puis nez (qui n’est que la contraction du précédent). Un ca-mus est donc un être qui a un nez bizarre, en tout cas différent, sous-entendu : de la forme reconnue comme référence, celle de la truffe romaine impériale!

D’un point de vue linguistique, c’est le museau qui pointera son bout le plus loin dans notre vocabulaire, faisant de l’animal-prototype du nez la ‘mus’ (souris) et ses cousines, l’anglaise mouse ou l’allemande maüs; sans oublier les ‘mus-télidés’, à savoir la famille des belettes, blaireaux et autres fouines qui ont l’habitude de fourrer leur nez partout; la plus légère étant la souris aux moustaches tellement longues qu’elles ressemblent à des pattes d’araignée, la mus-araigne évidemment.

De son côté, l’adjectif camus n’aura qu’un dérivé, le camard autrement-dit le nez à double peine, car il cumule l’inconvénient du préfixe péjoratif (le ca-), auquel s’ajoute un suffixe péjoratif (-ard). Le mot a copieusement été utilisé au 19è siècle pour se moquer d’étrangers ‘au profil différent’, particulièrement en Provence, où camus/camard a longtemps qualifié des gens…niais. Y-a-t-il eu une équivoque sonore avec ‘nez’, alors que ce mot vient du latin ‘nidus’ (le nid), c’est-à-dire ‘inexpérimenté comme un oiseau tombé du nid’, donc bête?! Remarquez, c’est encore le meilleur moyen de se casser le nez. Sauf étymologiquement.

(1) Mais si! Chronologiquement: Sully-Prudhomme, Frédéric Mistral, Romain Rolland, Anatole France, Henri Bergson, Roger-Martin du Gard, André Gide, François Mauriac, Saint-John Perse, Jean-Paul Sartre, Claude Simon, Gao Xingjian (francophone), et Jean-Marie Le Clézio. A ce jour.

(2) Ne manque plus à l’appel que le ‘bourbon’…

NB: vous pouvez croiser cette chronique avec de précédentes informations (complémentaires ou identiques) sur Camus (Jean-Claude, 2012) et Musulin (Tony, 2011)


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