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Choupinet

choupinet

C’est bien entendu, les Français sont éclairés (depuis le 18ème siècle), intelligents, raisonnés et logiques: ils veulent donc que «ça change», à condition qu’on ne touche à rien; et ils en ont marre des vieux politiciens, sans oublier de brocarder les «erreurs de jeunesse» des nouveaux élus, lesquels sont immanquablement qualifiés de ‘bébés’ politiques, alors qu’ils se mettent toujours eux-mêmes en position de rechercher un ‘père de la Nation’ ou un ‘Tonton’ président. Allez comprendre…

Le dernier terme qui circule actuellement (Macron, an I) concerne le surnom alloué à un prince charmant parfaitement inconnu qui les a magistralement enfourchés sur son cheval blanc en moins de 14 mois, Emmanuel (1), dit Choupinet, voire Choupinet 1er…Toujours le même phénomène de ‘je t’aime moi non plus’ ou de ‘je brûle ce que j’ai adoré’, trop bien, trop beau, trop chou. Justement.

Ni condescendant (sauf dans la bouche de l’opposition), ni emphatique (dans celle de son entourage), il s’agit très précisément que ce que l’on appelle en linguistique un ‘hypocoristique’, autrement dit, en suivant au plus près les racines grecques (upo-koristikos), une façon de parler adoucie, caressante, donc le plus souvent avec une intention affectueuse (2). Le procédé est très fréquent dans cette inévitable et déplorable habitude qu’ont vos parents d’utiliser un mot abrégé pour vous appeler alors qu’ils vous ont baptisé d’un autre prénom:

Exemples: Jojo pour Jean (ou Georges), Mimi pour Mireille ou Michèle, Fifi pour Philippe et autres Nanard pour Bernard, et j’en connais des pires. Bref, la volonté de câlins qui vous fait passer pour un crétin fini (3) quand vous vous penchez au-dessus du berceau de votre petit-fils («y veut son doudou, le bébé?») ou du panier de votre chien («il est où, le kiki à sa mémère?») est censée être la même quand vous gratifiez votre conjoint d’un Chouchou ou Loulou sur l’oreiller. L’Histoire voudrait d’ailleurs que l’écrivaine George -sans S- Sand ait largement contribué à la divulgation du mot en traitant son maladif de Frédéric de…Chopinet, diminutif si facilement déformé en choupinet!

Or, en réalité, Chopin n’a pas plus de rapport avec une chopine (féminin du terme germanique ‘schoppen’, la mesure d’un liquide spécialisé progressivement en bière) qu’avec ce choupinet, résultat d’une contraction-compression de deux mots bien faciles: chou+poupinet (4). Le premier apparaît dans la langue française à l’époque classique (allez savoir pourquoi) et ne peut pas désigner autre chose que le légume aux larges feuilles pommelées. Est-ce à cause d’un son particulièrement doux (même quand il deviendra plus acide, le choucroute) ou la première plante qui -historiquement- vient à l’esprit (‘savez-vous planter les choux’, c’est plus facile à caser que pomme de terre ou asperge blanche)? A moins que ne traine dans l’inconscient collectif un chou-utérus dans lequel viendraient au monde les (forcément!) garçons?

Vient alors se coller un poupinet à la fois diminutif (le suffixe -et) et terriblement…féminin: poupinet, et donc poupine (à l’époque de Rabelais) puis poupon viennent tous du latin ‘puppa’ qui désigne, exclusivement, une petite fille d’où, plus tard, la création d’une ‘poupée’ qui donnera à son tour naissance (!) à un ‘poupon’ en général moins plébiscité par les petites filles (sauf les plus curieuses) et évidemment interdit aux petits garçons.

La connotation d’enfance, pour ne pas dire infantilité, parfois même infantilisme, va subsister dans l’adjectif moderne français ‘poupin’, qui s’applique en général à un visage qui a gardé, même à l’âge adulte, les caractères des premières années de l’enfance, des joues plutôt rondes et des yeux grands ouverts sans perdre un teint rose et frais, ce qui énerve et révolte secrètement les amatrices de botox qui n’ont plus que l’ironie pour se venger de cette jeunesse -naturelle- tardive.

Comment voulez-vous, dans ces conditions, ne pas subir la critique, même voilée d’affection hypocrite, quand vous devenez, par la grâce du peuple, connu, puissant (étymologiquement) et pas encore ridé par l’amertume? Savez-vous que, même à l’Assemblée Nationale, la tradition veut que, depuis toujours, on ‘bizute’ les nouveaux députés en les traitant de ‘bébés Cadum’, sans doute pour bien leur faire…sentir qu’il faut qu’ils se mettent au parfum. Alors, Choupinet, c’est juste quelques grammes de douceur dans le bordel ambiant, non?

(1) En parler Merkel, le mot originel (hébreu) Emmanuel se traduit par ‘Gott mit uns’ (Dieu est avec nous), devise de…la maison royale de Prusse, comme vous l’aviez deviné.

(2) Cela étant, vous pouvez traiter votre voisin de connard avec la voix la plus mielleuse possible, cela n’en sera que plus violent.

(3) Imaginez une seconde (ce dont personne n’est sûr mais certains se doutent) que le nouveau-né soit bien plus réceptif qu’on ne le croit et comprenne la nuance. Pensez-y la prochaine fois, vous allez voir, ça va vite vous passer!

(4) Autre hypothèse: chouchou-poupinet. Voir alors l’article sur les Chouans; mais lisez d’abord la suite…


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