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Goulard (Sylvie)

Goulard

Dans la course aux nominations des commissaires européens, le gouvernement a annoncé sa préférence: ce sera une ex-gouverneur (-euse?) de la Banque de France, dont le nom courait depuis un moment sur toutes les lèvres, ou plutôt devrait-on dire dans toutes les bouches. Pas besoin de le gueuler sur tous les toits pour autant, mais le patronyme de la dame ne pouvait que la prédisposer à avaler tous ses concurrents, au moins étymologiquement.

Car ce ‘goulard’, qui se rencontre le plus souvent dans le sud (coïncidence -ou pas- Sylvie est née à Marseille) mais aussi dans l’Est (en Franche-Comté), a bien un rapport avec la gueule; le tout est de savoir à quel niveau on l’ouvre. Remarque préliminaire: goulard est une variante de l’ancienne forme du mot ‘goule’, encore présent dans de nombreux patois locaux; et, comme souvent, le suffixe ‘-ard’ apporte une connotation plutôt péjorative (1).

Ici, la question va être de savoir s’il s’agit d’un ancêtre particulièrement…gueulard, autrement dit fort en gueule, voire d’un type avec une ‘sale gueule’; ou, moins méchamment, d’un dévoreur impénitent, c’est-à-dire quelqu’un qui n’hésitait pas à s’en mettre plein la gueule, il est alors question de nourriture.

Car, selon l’époque et les cultures, la gueule a changé de position. Chez les Romains, auxquels on doit le terme originel de ‘gula’, on parlait ainsi du cou des oiseaux, celui que La Fontaine appellera plus tard ‘gosier’ pour qualifier un « héron emmanché d’un long bec » par exemple. Puis, toujours dans l’Antiquité, et toujours chez les animaux, on passe du bec aux mâchoires pour qualifier la bouche des chiens et, finalement, de n’importe quel animal, du serpent au chameau (alors que les chevaux modernes garderont ‘la bouche et les jambes’, signe de noblesse).

Petite parenthèse héraldique (la science des blasons): si vous avez jamais essayé de lire (à défaut de comprendre) les définitions techniques très symboliques des écussons et autres drapeaux ou boucliers, vous avez peut-être croisé le terme de ‘gueule’, pour dire rouge. Rien à voir avec une irritation des amygdales; en fait à l’origine, la couleur était due aux pièces cousues sur une étoffe, qui provenaient de lambeaux découpés dans le…gosier (la gueule) de la martre (2)!

Bref, le français moderne a gardé cette même équivoque quand on parle des bêtes ou d’un humain que l’on veut dévaloriser ou injurier. Quand il s’agit de la remplir, on va parler d’une goulée (une mesure de vin) que l’on boit à travers un goulot (un couloir vers la gueule) en passant dans un goulet (un couloir, montagnard ou marin). On est alors au plus près du gosier (toujours avec le ‘o’), en faisant attention à ne pas dégouliner à côté.

Quand il faut avaler, on va utiliser le son ‘-eu’, pour faire un gueuleton (plus augmentatif de diminutif, malgré cette terminaison), en commençant par des amuse-gueule; et comme vous êtes des fines-gueules, vous n’irez pas jusqu’à dégueuler (faire sortir par la bouche). Cette fois, on est donc plus proche de l’oesophage ou de l’estomac, et de nourritures consistantes.

Au figuré, vous pouvez vomir votre colère en…engueulant quelqu’un jusqu’à parfois lui casser la gueule, surtout si vous avez tendance à être une grande-gueule ou un fort-en-gueule. D’ailleurs, ce ne sont pas toujours ceux qui ont une belle gueule qui l’ouvrent le plus. On est alors ‘remonté’ plus haut jusqu’au visage et à son expression, quitte à apprécier votre ‘gueule-d’amour’ qui peut s’appliquer également au physique global.

Par contre, la Goûle, personnage mythique et effrayant de nombreux contes, n’a rien à voir avec la gueule, même si elle en avait une drôle pour avaler les enfants puisqu’il s’agissait d’un ogre. Fidèle à sa provenance arabe, ‘al-ghoûla’ est un monstre souvent assimilé à la hyène, et qui vient se ‘saisir’ (c’est le sens de la racine du verbe initial) de ceux qu’elle dévore (ou qu’elle emmène en enfer -version européenne- après avoir jailli des marais où elle se cache).

Moins vorace était La Goulue, cette danseuse de cabaret du début du 20ème siècle immortalisée par les toiles du peintre Toulouse-Lautrec. Affolant les spectateurs du Moulin-Rouge en passant entre les tables, l’alsacienne Louise Weber doit son surnom aux nombreux verres des consommateurs qu’elle terminait…goulûment en se penchant pour dévoiler la forêt de dentelles de ses dessous. Ce qui ne l’empêchait pas sans doute de gueuler un bon coup quand l’un d’entre eux approchait sa gueule d’un peu trop près…

(1) Pendard, taulard, fuyard, smicard, chauffard, etc…déjà mentionnés maintes fois ici.

(2) Pour être complet, certains linguistes pensent à une ‘contamination’ du terme persan ‘gûl’, qui représentait du rose vif. Problème: aucune autre langue occidentale que le français n’a repris cette influence supposée (red, rot, rouge, rojo, ou encore rosû en roumain…).


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