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Lavillenie (Renaud)

Lavillenie

En ce début de semaine, prenons un peu de hauteur (au moins 5,85m) pour tendre la perche à Renaud Lavillenie, médaille de bronze aux Mondiaux d’Athlétisme qui se sont déroulés ce week-end en Corée du Sud. Et voilà encore un bel exemple de technique d’évolution étymologique d’un mot.

Au commencement, il y a, comme pour un certain nombre d’autres noms ou mots sur ce site, le terme latin de « villa », dont on répète qu’il ne représente pas du tout une villégiature secondaire des bords de mer, mais l’idée d’un domaine, et plus spécialement d’un domaine agricole, bénéficiant d’un bâti avec un corps principal et des dépendances. Ce qui n’empêche pas la « villa » d’avoir, au début, une certaine opulence, surtout si elle est propriété d’un riche romain retiré ou de gradés militaires revenus de campagnes de pacification. (1)

Or, au fur et à mesure des siècles, on va passer de l’idée de propriété foncière avec une riche construction à celle d’exploitation agricole, donc de ferme avec ses appentis ou abris, la « villa » étant toujours située en campagne. De fait, quand il y aura plusieurs ‘villas’ dans une zone, elles finiront par former un…village, et seront forcément habitées par des…villageois, c’est l’origine du mot.

En attendant, depuis les latins jusqu’au Moyen-Age, les gens qui travaillent dans ces fermes sont des « villani », des villains (avec deux L pour l’instant). Dans un premier temps, ces villains sont simplement l’équivalent de nos « paysans »; sauf que, progressivement, des gens de la campagne, dont les citadins vont dire que ce sont des rustres, deviennent des « vilains » avec un seul L…Mais, même à l’époque de Molière, un vilain n’est pas forcément moche! C’est juste quelqu’un d’un peu grossier, souvent mal ou pas éduqué, au service d’un maître qui n’hésite pas à le houspiller (relisez les passages où D’Artagnan et ses copains bottent le train de leurs valets).

Arrive alors le temps du « dérapage » linguistique: Comme ces villains de paysans sont pauvres, forcément, ils ne rechignent pas à quelques rapines, et vont donc devenir, en moins de deux siècles, des vilains (moralement). Passe là-dessus une certaine dialectique judéo-chrétienne qui fait traditionnellement un parallèle entre le physique et le moral (et réciproquement), les voilà désormais vilains…physiquement.

La famille des mots va alors s’agrandir: le vilain, c’est celui qui est vil, et qui commet des…vilenies, bien sûr, c’est de la même racine. Heureusement pour notre Renaud volant, dans La-Villenie, grâce à l’article et les deux « L » conservés, il s’agit bien d’un nom de provenance: Comme pour les Lavillanie, les Lavillenye, Lavillonie (!), les Levillain et évidemment les Villain, Villan et Villani (corses), le surnom désigne celui qui venait du (ou qui possédait le) domaine agricole dont on parlait au début.

La preuve qu’il s’agit bien d’un terme campagnard: on va l’utiliser pour désigner des rivières qui traversent les cultures de la propriété en question, faisant donc des Vil(l)aine, lesquelles, quand elles serpentent en Mayenne et rencontrent l’Ille, peuvent devenir les…Rennes de la région. (Idem pour plusieurs Vilaine en Côte d’Or, ou dans les Ardennes, moins connues). L’étymologie est aussi claire que son eau: une rivière ne peut pas être « moche » mais simplement traverser un domaine. C’est probablement ce qu’ont vécu les ancêtres barbiziliens de Renaud, né précisément à Barbezieux-St-Hilaire en Charente, dont l’orthographe du patronyme s’écrivait à l’époque Lavillennie (2 L, 2 N), ce qui nous éloigne de toute interprétation péjorative, mais nous n’avions pas besoin de çà pour remarquer le physique de play-boy de Renaud.

Voilà donc l’exemple d’ une simple racine qui évoque une maison campagnarde et qui subit à la fois une transformation d’écriture (un ou deux L, peu importe, la preuve) et une dérivation de sens, passant du géographique au moral! Conclusion: Il faut donc se méfier du ‘son’ des mots avant de faire des jeux avec…

(1) Même démarche pour ce qu’on appelle dans le bordelais des « châteaux », sous prétexte que la maison est entourée de rangs de vigne, alors que dans un autre contexte on appellerait çà une « maison de maître ».


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