Dépassés, les fonctionnaires! Enfoncés, les privilégiés de tous ordres: Camille vient d’annoncer sa retraite, à l’âge de 24 ans! Il faut dire que le sport, ça use, ça détruit la santé, on peut même en mourir…Pour elle, ce fut la gloire en moins de 242 secondes; voilà ce qui était tombé sur les (belles) épaules de la nageuse française originaire de Nice, lors d’un fabuleux 400 mètres nage libre aux Jeux Olympiques de Londres. Muffat par-ci, Muffat par-là, la souriante sirène, ex-rivale d’une certaine Laure Manaudou (qu’elle battit, à l’âge de 15 ans, lors d’un championnat de France en 2005!) a mis sous les projecteurs des media un patronyme assez énigmatique. Ni Miffa (comme le prononça une journaliste tv, probablement très musicienne), ni Buffat ou Buffet, voilà un nom fidèle à la région d’origine de Camille, le Comté de Nice. Petit rappel d’une étymologie déjà évoquée lors des J.0 et remise au goût du jour.

En fait, comme d’habitude, il faut comprendre par ‘Comté de Nice’ la très large région du Sud-Est, car la première souche des Muffat vient probablement de Haute-Savoie, puis est ‘descendue’ via les Alpes jusqu’en Italie du nord actuelle, à qui appartint pendant des siècles une bonne partie de ‘notre’ Côte d’Azur…Et si Muffat il y eut en pays de Savoie, c’est que la racine, une fois de plus, fut apportée par des tribus de germains, partis en goguette de leur terres du nord vers St Tropez.

Cette racine, c’est ‘muffel’, une sorte d’onomatopée qui désigne un…museau rebondi, puis, de façon plus générale une forme gonflée qui enveloppe quelque chose. Au fil des siècles, ce premier sens va donc un jour nous donner le mot français qui représente une enveloppe épaisse qu’on met autour des mains, la…moufle! On a donc pensé à un moment qu’un muffat pouvait être le nom de métier de celui qui fabriquait des moufles (ou mouffles), mais cette hypothèse semble faire long feu, nous allons donc l’écarter sans prendre de gants.

Celle que nous allons retenir est fidèle au sens originel, et elle va d’ailleurs générer plusieurs mots, qui font, étonnamment, partie de la même famille:
En ancien-français, on appelait mouffard ou mouffat tout personnage joufflu ou avec un visage gonflé. Or, à part quand vous rentrez à la maison à 4h du matin après une nuit de beuverie, il y a plusieurs raisons d’avoir un visage gonflé: tout d’abord…l’âge, et, pour une fois, le jeune âge. Autant dire qu’on parlera alors d’un visage poupin, celui d’un bébé ou d’un jeune enfant. La preuve: on l’appellera un…mouflet!
On peut ensuite penser à une personne affublée d’un gros nez (le gros museau de la racine germanique). Et quel est le prototype de l’animal au gros museau? Le mufle bien sûr, lequel voisine curieusement à côté du frêle mouflet dans cette histoire sans fin: car le mufle est un animal lourdaud; au 16è siècle, on va donc appliquer le terme, par comparaison, à quelqu’un d’empoté, voire de ‘lourd’ (ou relou, si vous préférez), c’est à dire à quelqu’un de grossier et d’indélicat avec les femmes, alors que le mufle est probablement très galant avec sa muflonne…

Au siècle suivant, les contemporains de Molière pratiquent le ‘chault-moufle’ (moufle chaude), une sorte de cornet de papier à travers lequel on souffle de la fumée chaude au nez d’autrui. Il s’agit d’un comportement évidemment agressif, pour ne pas dire injurieux, parfois même interprété comme un symbole de mort. Ce ‘chaud-moufle’ va se transformer en ‘cau-moufle’ puis…camouflet, autrement dit une gifle, au sens propre d’abord, puis au sens figuré, pour exprimer un échec cuisant.

Il n’empêche: moufle, mufle, mouffe et mouffat sont tous des onomatopées, des sons qui ont exprimé, pour nos lointains ancêtres, le bruit que pouvait faire un souffle d’air expédié avec violence à la sortie d’une baudruche, d’une bouche ou d’un objet sous pression. La preuve: à une lettre près, il faut aussi raccrocher au souffle de ce ‘mouffe’, les mots…pouffe (pouffer de rire, c’est ne pas pouvoir retenir l’air qui sort de ses joues, c’est à dire ‘rire une pouffe’); même fuite d’air pour le pouf (qui pouffe quand on s’assoit dessus); et même la bouffe, car bouffer, c’est très précisément manger jusqu’à en avoir les joues gonflées. En société, la situation était tellement ridicule qu’on se moquait du…bouffon, et qu’on riait de lui en lui faisant des plaisanteries (buffa, en italien), ce qui donnera directement…l’Opéra-Bouffe, c’est-à-dire l’opéra où l’on ne (se) prend pas au sérieux (on mange aussi très mal à l’entr’acte, mais ceci est une autre histoire, qui n’a rien à voir). En tout cas, quand Camille nageiat, elle était visiblement loin de plaisanter: son seul but, c’était probablement de bouffer ses adversaires. Mais après des années de régime, ce n’est pas une raison pour se mettre à bouffer, même à la retraite!