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Paradis (Vanessa)

Paradis

En ce moment, c’est un peu l’enfer pour Paradis, obligée de sortir d’une vie conjugale sereine pour se justifier dans les media sur une possible séparation…J’en conviens, l’événement a un intérêt relatif, inversement proportionnel à l’étymologie d’un patronyme finalement assez répandu et apparemment très enviable. En effet, quel bonheur de porter un nom qui évoque la joie parfaite et la félicité éternelle! Seulement voilà, le vrai sens du mot est-il réellement à la mesure de l’évocation?

Eh bien oui! Le paradis existe, à peu près dans toutes les régions de France, où l’on trouve des lieux-dits ainsi appelés en raison d’un site particulièrement remarquable. Paradis n’est donc pas le surnom d’une personne, directement calqué sur le séjour des âmes (quelqu’un qui serait sage comme un ange, par exemple), c’est le transfert du nom du lieu sur l’ancêtre qui y habitait ou qui en était propriétaire. Car un paradis, au Moyen-Age, c’est souvent un verger ou un jardin qui ont comme caractéristique d’être particulièrement luxuriants ou productifs. On rejoint alors le sens biblique bien connu. Au contraire de l’Enfer (il y a des lieux-dits Lenfer ou Lenfert!), qui évoque, par comparaison, un endroit sec, aride, donc non productif, le Paradis est toujours un site agréable, y compris dans ce nom ridicule que vous avez donné à votre villa sur la côte!

Malgré ce que l’on pourrait croire, le paradis n’est d’ailleurs pas biblique. Dans le livre de la Genèse, on parle plutôt de ‘Jardin d’Eden’; plus tard, les Grecs auront leurs ‘Champs-Elysées’ (si, c’est l’origine!) ou plus exactement les ‘Champs-Elyséens’, pour accueillir leurs défunts méritants. Les Celtes ou les Germains iront plutôt fréquenter le ‘wahalla’. Quant à ‘notre’ paradis, il vient de…l’Iran (bon, à l’époque, on disait la Perse), où l’on parlait de l’Enclos du Seigneur (lequel ne désignait pas nécessairement le Christ ou le Dieu chrétien, et pour cause); c’est aux Perses que l’on doit le véritable ‘étymon’, la racine originelle, sous la forme ‘païri déza’, qui qualifiait un enclos royal, ou une propriété intouchable appartenant à un notable; on était donc encore loin du sens religieux! Il n’empêche: dans tous ces exemples, il est question d’un ‘parc réservé aux bienheureux’, notion que l’on retrouve dans toutes les religions, jusqu’au Nirvana hindou, d’une certaine façon.

A l’inverse (et indissociablement), il existe donc un ou des enfers (dans la mythologie grecque ou latine), lesquels s’opposent au paradis, y compris et surtout géographiquement: comme pendant des siècles -et même des millénaires- on ne pouvait pas supposer prendre sur la tronche des météorites ou des UV, le ciel était l’endroit idéal pour un repos éternel; et donc, forcément, tout ce qui est profond, en-bas, noir et inconnu, permettait tous les fantasmes et était réservé aux méchants. Le ‘monde d’en-dessous’ est toujours…infernal, quelle que soit la culture considérée. Plusieurs peuples ont appelé le séjours des Morts le…Tartare, histoire de pédaler dans le fromage pour toujours; les autres partaient pour les ‘Iles bienheureuses’, autre nom grec du paradis.

Parenthèse sur l’opposition haut/bas: le raisonnement -même édulcoré- est exactement le même quand on débaptise la Loire-Inférieure, la Basse-Corse ou les Basses-Pyrénées pour en faire la Loire-Atlantique, la Corse du Sud ou les Pyrénées-Atlantiques!

Par glissement de sens donc, les lieux-dits puis les patronymes ayant un rapport avec le mot ‘enfer’ désignent alors la…basse partie d’un village. Au contraire du sens biblique, l’enfer est plutôt marécageux, insalubre, disons carrément le bidonville du coin. A la fin du 18è siècle, il y avait au sud de Paris une barrière d’octroi qui ouvrait le passage (vers l’extérieur) sur un bourbier, l’endroit s’appelait donc ‘la barrière d’Enfer’, pour ces raisons strictement topographiques. Manque de chance (et coïncidence extraordinaire), quelques décennies plus tard, cette place du 14è arrondissement permettra d’honorer la mémoire d’un colonel de la guerre de 1870, un certain…Denfert-Rochereau! Celui-là, au moins, ne risque vraiment pas de l’emporter au paradis!


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2 commentaires au sujet de Paradis (Vanessa)

  1. On peut lier le mot parvis au mot paradis, sert-il parfois de patronyme ?
    http://truchement.blogspot.com/2011/06/bardot-et-el-baradei-au-paradis.html

  2. Vous avez raison, et merci de la précision: le parvis est effectivement une forme contractée du mot grec qui a donné paradis. Il s’agit non pas d’un ‘paradis’ situé à la sortie des églises (logiquement, ce serait plutôt à l’intérieur qu’on devrait le trouver), mais du sens initial de « enclos’, un espace ou une surface située devant un lieu de culte, ou, plus tard, devant une maison particulière (quand vous avez un représentant sur le parvis, ce n’est pas forcément le paradis!).

    Cela étant, je ne connais pas de patronyme Parvis correctement attesté par rapport à Paradis. Les seuls cas pourraient être des déformations ou des erreurs d’écriture sur les noms limousins eux-mêmes assez rares de Parvé ou Parveix, qui n’ont de lien qu’avec l’adjectif latin ‘parvus’, qui signifie petit.

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