L’été se nourrit surtout (sauf catastrophe) de l’actualité sportive. Comme le cas Deschamps (Didier) n’a pas besoin, sans doute, de beaucoup d’explications, nous allons sucer la roue de Thibaut Pinot, benjamin du Tour de France et premier français à remporter une victoire d’étape sur cette édition 2012. D’un point de vue étymologique, il eût été parfait qu’il franchisse (ou franchît) en vainqueur une étape dans les Landes, et pour cause…

Pinot est un patronyme dont la souche linguistique se trouve quelque part entre Allier et Haute-Saône, ce dernier département étant, le croiriez-vous, le lieu de naissance de Thibaut. Une preuve (peut-être) que la famille n’a pas quitté la région depuis des générations, au moins en partie. Un peu plus vers l’Ouest, sur les rives de l’Indre, on trouve le diminutif Pinoteau (le petit Pinot), comme le nom du réalisateur Claude («La Boum»); on trouve aussi, plus au nord cette fois, vers l’Aisne et l’Oise, une forme de pluriel, avec Pinoteaux. Selon la règle de base de l’étymologie, il s’agit d’abord de phonétique, les Pinot, Pinoteau et Pinoteaux sont donc des variantes de Pineau (ou Pinaud, Pinault et Pineault, donc), tout ce beau monde ayant un rapport avec…le pin (oui, celui des Landes!).

Oui, enfin, pas une forêt bien sûr, les régions citées ne s’y prêtent pas, mais avec un bois de pin, voire même un pin ‘tout seul’, signalant de façon particulière un lieu où habitait l’ancêtre Pinot; il s’agit donc d’un toponyme. Chacun de ces patronymes étaient probablement interprétés comme un diminutif, quelle que soit l’orthographe. De fait, il faut donc comprendre (l’homme qui a un lien avec) un petit bois de pin, ou tout simplement avec un petit pin. On peut même, dans des terroirs peu propices à la plantation de ces résineux, penser tout simplement à une forme de pomme de pin, laquelle fut à une époque utilisée pour caractériser…une grappe de raisin. C’est d’ailleurs l’explication lointaine du ‘pineau des Charentes’, cépage qui doit son nom à la silhouette allongée des fruits de la vigne locale!

Plusieurs étymologistes n’écartent pas l’hypothèse d’une autre origine pour cette famille de noms: celle d’une allusion tout à fait claire -et assez fréquente dans le vocabulaire des siècles précédents- à la pine (du pin), dont l’évocation de la forme fut cette fois rapidement appliquée au sexe masculin. Le terme subsite toujours dans le langage (vulgaire) moderne, d’où la nécessité «d’éloigner» la prononciation du fruit de l’arbre en piGne…

Quoi qu’il en soit, terminons en rajoutant trois autres cousins linguistiques de Pinot, autrefois uniquement célèbre au cinéma sous les traits du ‘simple flic’ Jugnot. Il faut donc citer la version péjorative (il y en a souvent une), avec le traditionnel suffixe -ard, ce qui nous donne donc Pinard. Le pinard ‘commun’ est, lui aussi, le synonyme de mauvais vin, par opposition au pineau classé.

Tant qu’on est dans les personnages, la variante Pinon (comme l’acteur Dominique) a son parallèle avec Pignon (avec le ‘g’ de pigne, cette fois), patronyme d’un certain François invité dans les «Diners de Cons». Le pire de tous étant le très français…Pinochet, répandu du Rouergue au nord de la Bretagne, lui-même diminutif (en -et) de la pinoche, terme argotique qui nous ramène assez directement au sexe viril. L’histoire du Chili n’a pas laissé d’informations à ce sujet concernant un certain Augusto de sinistre mémoire, mais ce qui est sûr, c’est qu’il gouvernait pour sa pomme (de pin).