Il y eut Nathalie Kociusko-Morizet à droite: la seule représentante féminine dans la liste des candidats de gauche sera Sylvia Pinel, ex-ministre (*) des gouvernements Ayrault puis Valls. A côté de la rafale des prétendants en ‘-on’ (**), il y a donc un patronyme assez piquant, au sens propre sans doute mais aussi possiblement au figuré, et là, ça se complique…

Premier constat (et le plus fiable question étymologie): les familles Pinel ont pour souche la région de Toulouse/Montauban, donc en pays occitan même si Pinel est une adaptation bien ‘parisienne’ d’un toponyme tout à fait ordinaire, c’est-à-dire un (sur)nom racontant la situation de l’ancêtre. En l’occurrence, comme assez souvent, il s’agit de remarquer ce qui peut signaler ou le mieux caractériser la personne en question, en clair un arbre particulier signalant la maison: pour Pinel, vous aviez deviné, il s’agit d’un pin, tout simplement.

Bon, c’est un peu facile, mais ça peut arriver…On peut penser également à quelqu’un plus concrètement impliqué dans l’histoire de cet arbre ou son exploitation. Du coup, entre l’habitant d’une forêt de pins ou l’éleveur de jeunes pousses pour la commercialisation, il y a encore plusieurs possibilités. Voilà pourquoi, selon les régions, on trouve aussi des Pinot (diminutif: le petit pin), des Pineau (idem, et rien à voir avec les Charentes) ou des Pinard, qui n’ont de commun avec le vin que l’aspect ‘mauvais’ (le suffixe -ard) tendant à qualifier un propriétaire peu rigoureux ou une production d’arbres de mauvaise qualité.

Là où cela devient plus délicat, c’est que, d’un point de vue de technique linguistique, on peut tout à fait rapprocher certains Pinel de ‘espinel’, mot également occitan correspondant à une épine (le ‘s’ devenu accent aigu, comme traditionnellement), ce qui nous renvoie à un sujet -forcément- plus piquant, comme les Espinasse par exemple, non pas en rapport avec les aiguilles de pin mais à cause d’arbustes en friche piquants (des ronces par exemple, pas des rosiers). Ce qui nous changerait complètement l’ambiance de l’environnement, mais il y a…pire (ou mieux, c’est selon).

Le troisième étage de la fusée de ce Pinel est que, dans toute la ‘littérature’ étymologique, il rejoint très souvent le sens figuré que la France donna, pendant plusieurs siècles, à toute chose pointue pouvant symboliser le non-dit du sexe masculin (oui, vous avez le son tout proche…). De la dague au braquemard (terme technique), en passant par le bâton, la baguette ou tout ce qui peut être dur comme du bois, l’épine trône en bonne place dans la liste des ‘qualités’ de gens connus pour leur épine, et pas que dorsale. Et c’est la seule femme de la liste qui en bénéficie! En tous cas étymologiquement.

(*) Artisanat, Commerce et Tourisme; puis Logement et Egalité des Territoires.
(**) voir chronique précédente