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Servier (Jacques)

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Voilà un mot que vous allez probablement entendre souvent dans les mois qui viennent, par le biais du Laboratoire qui porte le nom de son fondateur. Le scandale de ce médicament est-il l’arbre qui cache la forêt? C’est probable, et il ne s’agit pas d’un commentaire déplacé, puisque c’est, précisément, l’étymologie de ce patronyme!

Servier n’a en effet aucun rapport avec servir, ni serviette, dont nous reparlerons plus tard. Même si le terme a l’air simple, il n’est pas directement « lisible » (comme on dit au sujet des stratégies des campagnes électorales), car il illustre l’un des phénomènes linguistiques les plus courants dans l’évolution d’un mot, le « rhotacisme ». La chose est assez peu élégante à prononcer en français courant, et n’a aucun rapport avec la danse espagnole ou le rejet inopiné d’un biberon de bouillie sur votre épaule. Il s’agit tout simplement du son de la lettre grecque « rho », équivalent à la consonne « r » chez nous, et le phénomène consiste en un effet de transformation de la lettre « l » en « r », pour des raisons de phonétique (malgré les apparences, en linguistique, ces deux-là sont équivalentes).

Illustration ici avec en fait un mot qui est à l’origine « selvier », en rapport direct avec la racine latine « selva », qui désigne un bois ou une forêt. Sachant que cette racine variait de selva à silva, on se retrouve avec toute une famille de mots comme sylvestre, sylviculture, ou…le prénom Sylvie, qui évoquent tous des personnes en rapport avec cette topographie. C’est le cas également pour certains (St) Selve, voire Sauve (comme la Sauve-Majeure girondine) après une seconde transformation du « l » en « u », que l’on appelle une vocalisation.

Les Servier, Servière ou Servières sont donc des noms créés pour un ancêtre en rapport avec la forêt: pour les Servier, la souche la plus fréquente se trouve dans le Puy-de-Dôme; quant aux Servières, ils ont pris…racine aussi bien en Corrèze qu’en Lozère, en Aveyron ou en Tarn et Garonne, sans oublier la Haute-Loire.
Il existe même une…branche morbihannaise, sous la forme Servel (!); et donc, comme pour selve/sauve ci-dessus, ce Servel va parfois se transformer en Serveau. Et bien sûr, rien à voir avec ce que vous avez dans le crâne, en tous cas étymologiquement.

Tant qu’on y est, et pour dire les choses complètement, rien à voir non plus avec les serviettes (ne mélangeons pas les torchons et les Servier). D’ailleurs, ce que vous nouez élégamment autour de votre cou pour le déjeuner dominical chez belle-maman s’appelait autrefois la « touaille », d’après un mot germanique; puis, vers la fin du Moyen-Age, on adopte le mot de serviette pour désigner une…nappe, et par la suite toute sorte de linge pouvant servir (même racine) à table, d’où ce diminutif en -ette. Une serviette, c’est donc une ‘petite nappe’ (vous avez l’air malin, maintenant).

Finissons-en avec l’idée de « servir » à quelque chose, avec, dans la même famille, les servant, servante, serviteur ou…dessert, ce qui signifie littéralement : ce qu’on mange comme der(nier) ser(t)vice! Rajoutons enfin l’adjectif « serviable », qui qualifie celui qui rend service aux autres, donc aucun rapport avec Servier. Tout comme deux derniers patronymes proches (de ‘servir’) et qui n’arrangent rien (et pour cause): Il s’agit des Servan (comme Pascal, l’animateur) et des Servais (comme Jean, l’acteur). L’un et l’autre viennent du verbe « pré-server », dont le sens premier était « protéger du mal ». Et cette fois, franchement, difficile d’en rajouter…


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2 commentaires au sujet de Servier (Jacques)

  1. Il est étonnant d’apprendre que serviette se disait « Touaille », car en espagnol la serviette de bain se dit « Toallas ».
    Ont-ils gardé cette origine germanique ?

    Merci pour tout.

  2. Bonjour Guillaume,

    Remarque pertinente (comme toujours!).
    On ne peut pas vraiment dire que les espagnols ont gardé une racine directement germanique, mais c’est une preuve de plus qu’à l’origine de tous nos mots se trouve un « phonème », un son, qui a circulé dans tout le continent.
    Touaille en vieux-français, towel en anglais, toallas en espagnol…Gardez le son « toa », et vous obtenez la…toi-lette (la petite toile, une serviette à poser sur son meuble pour éviter de faire couler le maquillage). Il n’y a pas de hasard!

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