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Trèbes (Aude)

Trèbes 2

A côté du ‘Top 10’ des villes ou sites les plus consultés sur ce site (Montpellier, Aix-en-Provence, Brive-la-Gaillarde et Ste-Affrique en tête!), il y a dans ces archives une multitude de petites villes ou de villages dont vous ignoriez peut-être jusqu’à l’existence avant qu’un événement ou un fait-divers ne vienne les mettre à la Une de l’actualité. Exemples: Bugarach (la fin du monde), Bormes-les-Mimosas (incendie estival), Le Touquet (résidence présidentielle), Cattenom (centrale nucléaire), Séquedin (prison), Outreau (affaire de moeurs) ou encore Néchin (propriété belge de G.Depardieu)…

C’est le cas aujourd’hui de Trèbes, tranquille bourgade audoise jusqu’au déferlement de journalistes venus faire leurs courses au sensationnel dans un supermarché local qui ne demandait pas qu’on lui mît tant de points sur les U. Je vous propose de nous intéresser à l’étymologie de cette cité grâce à (ou à cause de) une anecdote tout à fait inattendue: un de ces matins, un voisin de culture arabe -donc cultivé- me faisait remarquer que «en ce moment tout le monde parle des Pyrénées, à cause de ce qui s’est passé à…Tarbes».

Quelques instants de réflexion plus tard, à défaut de dépister le moindre événement en Hautes-Pyrénées, je comprends qu’il veut me parler de Trèbes, pas si loin en effet vu de la Californie, mais sinon…En fait, voilà un exemple frappant qui illustre quelques remarques de lecteurs pas très convaincus du phénomène linguistique de ‘métathèse’, cet effet qui entraine parfois la permutation d’une lettre ou d’une syllabe, comme quand on constate que ‘cabri’ donne un patronyme comme Carbit voire Crabit, ou quand ‘centre’ en français peut faire ‘center’ en anglais, entre autres nombreux autres cas signalés dans des articles.

Sans entrer dans des règles techniques trop complexes, il se trouve donc que les habitudes de langage (ou d’acoustique!) font pour mon voisin ‘Terbes’ (donc Tarbes, pour trouver du concret sur une carte). Mais, même en…’français’, d’où vient le nom de ce désormais théâtre d’un événement funeste?

Il faut remonter au 4ème siècle avant J-C pour trouver un panneau indiquant la route de ‘Tricessinum’ (qui aurait presque pu devenir…Tresses), autrement dit l’adjectif latin qui signifie ‘30ème milliaire’, mesure pré-kilométrique romaine qui marquait la situation du village par rapport à un grand centre urbain régional (1). Malheureusement, d’après les distances officielles, impossible de tomber juste par rapport à Narbonne (le plus probable) ou Toulouse (ou alors pas en ligne droite). Mais ce qui compte, c’est de savoir qu’il y avait là une borne désignant une direction vers ce village (Ad Tricessinum, pour les latinistes, toujours ‘distingués’) quelque part sur la célèbre grande voie romaine ‘Narbonnaise’ (en français moderne, Autoroute A9).

Puis, silence pendant quinze siècles, quand le nom resurgit sous la mention…’Tresmals’, graphie occitane de ‘tres mals’ (ou tres moles) c’est-à-dire ‘trois-gués’ (trois môles, trois passages), ceux qui caractérisent les bords de l’Aude et de l’Orbiel et qui permettent aux maisons les pieds (hélas) dans l’eau de passer d’un bord à l’autre du courant, des gués qui permettront plus tard de jeter trois ponts pour une circulation définitivement plus facile et le développement de la cité médiévale.

Or, très vite (dès le 13ème siècle), on dit que, craignant une mauvaise interprétation du nom de leur ville (trois mals, ou trois maux au Moyen-Age, ça fait autant froid dans le dos que les Côtes du Nord au 20ème siècle), les citoyens demandèrent à transformer le nom en…’Trois Biens’ soit, en patois, Tres-bens, forcément francisé en Trèbes un jour.

Du coup, nos Trébéens ayant manifestement le sens du calembour et du clin d’oeil, le blason de la ville portera désormais…trois B (tres Bès, tant qu’à en rajouter), histoire de souligner la devise municipale qui est ‘Très Bien Ensemble’. Aïe, là, il y a pour l’instant un petit détail qui ne colle pas…très bien.

(1) Ceux qui connaissent l’ancienne route nationale Bordeaux-Saintes passent à un moment au large de Blaye, à Cartelègue soit quatre-lègues (ancienne orthographe de lieues) -tiens, encore une métathèse carte/quatre- soit environ 9 kms, sur la base d’une lieue locale qui ne faisait pas encore les 4 kms officiels. Cartelègue désignait donc la cité située à ‘quatre-lieues’ de sa voisine Blaye

*** Pour les accros de l’actualité ‘immédiate’ (pardon pour le pléonasme), la rubrique Castaner (Christophe) de mai 2017 est disponible!


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