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Turk (Stephan)

Turk 2

Curiosité médiatique: autant l’homme qui avait été l’objet d’une attaque dans sa bijouterie en 2013 et qui avait tiré sur ses agresseurs n’était alors présenté que sous la paraphrase ‘le bijoutier de Nice’, autant l’ouverture actuelle de son procès lui redonne un état-civil que certains lecteurs n’ont pas manqué de rapprocher avec un physique et un accent apparement d’origine étrangère. Saisissons donc l’occasion pour analyser les racines de ce Turk. Le nom vous semble évident? Il l’est. Mais pas uniquement dans le sens que vous croyez!

En première intention, on se dit évidemment que quelqu’un qui s’appelle Turk ne peut qu’être originaire de Turquie. Ce serait trop simple; d’ailleurs, sous cette forme-là exactement, le mot renvoie le plus souvent à une souche…tunisienne, ce qui laisse à penser qu’il est le témoignage d’une très ancienne diaspora beaucoup plus largement méditerranéenne, et non pas le résultat d’une volonté de désigner strictement ‘un turc’. Il est vrai qu’assez souvent la forme du patronyme renseigne sur la provenance (mais pas forcément la nationalité!) de son porteur: ainsi en va-t-il des Despagne, des Lallemand, des Pollack (Polonais) ou des…Moscovici (russes). Et on parle bien ici de la provenance, pas forcément des origines, la nuance est d’importance.

Par exemple, en français, les Turc ou Leturc (parfois Leturcq et même Leturque) n’ont rien à voir avec des Istambouliotes immigrés, mais avec un surnom qu’on pourrait presque qualifier d’honorifique et datant du 14è siècle, alors que revenaient de croisades certains fils de bonnes familles européennes. Ainsi, tout comme les Américains désignent par le sobriquet ‘Le Jap’ ou ‘l’Afghan’ leurs vétérans rentrés vivants du théâtre d’opérations militaires concerné, ’nos’ Turc bénéficiaient à l’époque de ce nouveau nom de baptême qui n’était pas donné à tout le monde, aussi éloquent pour nos ancêtres que les Jourde qui avaient combattu sur les rives du…Jourdain (1).

L’autre pépite apparue à la même époque -et pour les mêmes raisons- est une pierre aux reflets bleutés découverte en ‘Turquie d’Orient’ (l’Iran actuel) mais ramenée par les Croisés du ‘Moyen-Orient’ sous le nom de ‘pierre de Turquie’ autrement dit la turquoise, précisément l’enseigne de la boutique niçoise créée par notre Stephan de famille…libanaise mais qui a manifestement un sens certain de l’humour (et de la culture).

Or, c’est un sens beaucoup plus commun que va prendre le mot à partir du 16ème siècle: tout comme les Moreau (issus -linguistiquement- des Maures), les Turc, Turquin, Turcot et autres Turcat (vous vous souvenez d’André, le pilote d’essai de Concorde?) vont devenir synonyme de tanné, mat de peau, par comparaison avec les populations du Grand Sud. Plus clair encore (si l’on peut dire), dans la moitié ‘sud’ de la France, les Moraud, les Turcaud (vendéens), ou les Turcan (provençaux) vont désigner tout simplement des paysans, ceux qui étaient obligés de travailler la nuque au soleil et donc forcément ‘bronzés’, par opposition aux (riches) citadins qui avaient les moyens de protéger leur pâle maquillage sous une ombrelle ou une perruque bouclée (messieurs compris).

Hélas, deux créations vont venir ternir l’image du turc (de Turquie) dans la culture française: d’une part, la mode des Turqueries du 17è siècle, d’abord très exotique (2) et mondaine mais rapidement tournée en dérision au théâtre (par Molière, entre autres); d’autre part, au 19è siècle, l’irruption dans les foires d’un jeu de massacre où il faut taper du poing (ou lancer des balles) sur une effigie à turban pourtant réputée musclée (3), histoire de se payer…’une tête de turc’ qui sentira rapidement le bouc (émissaire).

Mais le turc le plus inattendu est très probablement…alsacien car formé sur l’orthographe locale de Turck, à laquelle on rajoute le terme germanique qui signifie la maison (heim), pour créer un Turkheim bien connu dans le cinéma à condition de lui rajouter une particule. Mais Charlotte vient-elle d’un village du Haut-Rhin autrefois appelé Thurincheim (depuis l’époque de Charlemagne, s’il vous plait!) parce que c’était vraiment la demeure d’un turc? Pas du tout, car cette fois, dans la région, il s’agit d’une influence linguistique de la ville ‘voisine’ de…Thuringe, dont un citoyen nommé Toringus serait venu s’installer dans la vallée pour planter, d’après ce que dit un dicton, ‘le roi des vins d’Alsace’. Comme quoi, ce Turc-là aussi était très fort!

(1) Dans la tradition de la Légion Etrangère aussi, les soldats s’appellent souvent par le nom de leur campagne la plus marquante (L’Africain, L’Arabe, Le Chinois, le Yougo) qui n’a souvent rien à voir avec leur généalogie réelle.

(2) Voir aussi l’article sur ‘les Dindons de la farce’ (oct.2012) ou sur la ‘Dinde de Noël’ (déc.2012) car, pour un Anglais, la…d’Inde s’appelle turkey!

(3) L’expression «fort comme un Turc» est très étymologique, puisqu’elle viendrait (aussi) de l’adjectif persan ‘türk’ qui veut dire…fort! Pourquoi? Voir l’article sur ‘Turquie’ (déc.2011)


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