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…le ‘délestage’ va peser de plus en plus dans les conversations et les préoccupations des Français en cette fin 2022. Jusqu’alors, on ne l’entendait que rapidement dans les commentaires des présentateurs.trices météo, en général associé à un ‘itinéraire’ qu’il fallait suivre pour éviter les bouchons sur l’autoroute, avec les compliments de Bison Fûté.

Or, le délestage qui nous occupe aujourd’hui ressemble plutôt à une épée de Damoclès (qui n’en demandait pas tant) prête à tomber sur les câbles de haute tension de votre région pendant les tirs au but d’un championnat de football…Mais commençons par nous délester de l’analyse du mot, en trois segments: un préfixe « dé- »  qui exprime une privation ou une annulation (1), suivi de la racine proprement dite « -lest- » et enfin un suffixe en « -age » qui marque une opération (idem 1).

Le morceau qui nous intéresse, sans queue ni tête, est donc ce ‘lest’ qui évoque en français un poids, une charge qui permet d’alourdir un objet ou un mécanisme. A l’origine, le terme est en fait de souche néerlandaise (‘last’) et sera récupéré tel quel dans un premier temps, aussi bien par les Saxons que les…Gascons, à une époque où « les Anglais vendangeaient l’Aquitaine »(2). 

Ce lest-là est d’abord uniquement marin; dès la fin du 16ème, il qualifie la charge d’un navire, hors…chargement dit ‘utile’; il s’agit donc d’une certaine quantité de matières (pierres, gravats, bois ou structures métalliques) chargées d’alourdir le bâtiment pour lui assurer une bonne stabilité à la flottaison. De fait, quand on ‘déleste’, on remonte vers la surface voire vers les nuages s’il s’agit d’un aérostat dont le pilote largue les sacs de sable pour laisser le ballon s’envoler.

Pour reprendre le cas du bouchon sur l’autoroute, le délestage mis en place par les autorités de la circulation a le même effet : ‘alléger’ la pression sur des axes routiers déjà trop…chargés en véhicules divers; l’image fonctionne toujours, avec quasiment les même mots et cela n’a rien à voir en l’occurrence avec le nombre de tonnes roulant concrètement sur le bitume. On peut d’ailleurs prolonger la comparaison jusqu’à la…charge électrique qui préoccupe tant les Cassandre de toutes sortes : selon le nombre de kilos (watt, cette fois), le transporteur d’énergie sera amené à rediriger la circulation (et surtout le ‘poids’) du courant vers certains axes, grande différence avec l’automobile où un délestage fluidifie le trafic et bénéficie au réseau alors qu’en électricité, c’est le risque d’une baisse de tension voire d’un black-out.

Le petit clin d’oeil étymologique traditionnel nous vient d’Italie, pays lui aussi sensible au ‘lest’ mais qui en a fait, dès le 15è siècle, le symbole d’un ‘poids de richesse’, et particulièrement d’une richesse vestimentaire. Du coup, le sens de ‘bien habillé car pourvu de tissus – voire de bijoux- précieux’ s’est appliqué à quelqu’un ‘qui avait les moyens’, et entre autres celui de…toucher les fesses des femmes. D’où l’adverbe ‘lestement’, qui a parfois des airs de harcèlement dont les auteurs feraient mieux…de se délester, y compris étymologiquement!

(1) Un dé-jeûner, c’est la fin de la faim (de la nuit), un dé-montage, un dé-coupage, etc…

(2) Comme le disait de façon un peu provocatrice le titre d’un roman (historique) de Jean-Marc Soyez (2003)

…qui l’ont fait, un temps, surnommer « la future Brigitte Bardot » par des médias avides de ‘buzz’ et pas très inventifs (ni très réalistes: l’une et l’autre ont été très liées). L’actrice niçoise, fille d’une mère née à…Kharkov (Ukraine) et d’un militaire de souche champenoise, porte un patronyme ‘hypocoristique’, adjectif malgré les apparences inoffensif qui exprime un diminutif le plus souvent affectueux.

De fait, on trouve la forme Demongeot dans tout ce qui est devenu la région Grand-Est, Champagne donc mais aussi Ardenne, une partie de la Bourgogne, Alsace et surtout Lorraine d’où semblent provenir les plus nombreux porteurs du mot. Pour une fois, il ne faut pas chercher à ‘découper’ le mot pour comprendre, en tous cas pour en extraire un ‘de-mongeot’ avec une éventuelle particule de provenance, ou plus rarement de ‘noblesse’…en tout cas en français.

C’est plutôt au suffixe qu’il faut s’intéresser, un ‘-ot’ qui marque justement l’aspect diminutif; ici, on a droit à un ‘e’ de liaison pour éviter de dire ‘demongot’ mais il n’empêche que, comme pour petiot (petit), minot (idem, dérivé de mineur), ou…cageot (une petite ‘cage’), cette section fait des Demongeot des petits (ou fils de, parfois) Demange, autre patronyme de même racine, laquelle a d’innombrables ramifications en fonction de la zone géographique où on se trouve.

Impossible de tous les citer, mais on peut aligner les Demangeot, Demangin, Demangeat et des dizaines d’autres approchants en faisant alterner les voyelles ‘a’ et ‘o’ (Demange/Demonge) au centre du mot; et aussi en permutant le ‘e’ de la première syllabe avec un ‘o’ pour faire Domanche, Doumanche, puis Doumange, Doumenc, Doumercq et autant d’autres! Tout ça à cause de (ou grâce à) la combinaison d’origine latine ‘domenicus’ qui a donné en français…dimanche, tout ‘simplement’.

Difficile d’entrer dans le détails des transformations linguistiques qui ont amené toutes ces évolutions, le plus souvent pour des raisons de prononciations qui se percutent avec un patois local ou régional (1), le mieux est donc de voir clairement dans le terme latin un assemblage de ‘dies (le jour) + ‘dominus -ou dominicus- (le maitre)’. Et, même ou surtout en français, si vous mettez une majuscule à « le jour du Seigneur », vous avez l’illustration littérale du dimanche en question!

A cette liste impressionnante de variantes, il faudra ajouter toutes les opérations d’aphérèse (la chute plus ou moins volontaire du début du mot) qui vont créer des Mangin, Mangel, et donc logiquement les diminutifs  Mangeot,  Mougeot (comme le ‘papy’ du sketch de Coluche) et son féminin Mougeotte (comme Etienne, feu l’un des patrons de TF1)…D’ailleurs, il faut mentionner au passage quelques autres Demongeot que la notoriété de Mylène va un peu écraser et dont il faudrait aussi se souvenir, comme l’actrice (aïe!) Catherine Demongeot (2), l’acteur Roland (surtout des feuilletons tv, dont un « Tom Sawyer » de mémoire) ou la joueuse tennis française des années 1980 Isabelle…

Pour finir avec le clin d’oeil quasi-habituel et néanmoins assez inattendu, celle que son état-civil désignait plus précisément comme Mademoiselle (3) Marie-Hélène (moins glamour en 1950) Demongeot était née le 29 septembre 1935; et vous savez quoi? C’était…un dimanche, forcément!

(1) Mais aussi à cause d’erreurs d’écriture (un ’u’ pour un ’n’ par exemple; comment vous les tracez rapidement, vous?) ou des ratures (revisionnez « Le Nom de la Rose »…)

(2) Pourtant « enfant-star » ayant débuté dans le rôle-titre du film ‘Zazie dans le métro’ (Louis Malle, 1960)

(3) A l’époque, ça se disait encore

…sous le signe de la baguette! En janvier, c’était un objet de discorde, un réseau de grande distribution alimentaire ayant décidé de vendre, pendant plusieurs mois, l’un des symboles de la ‘gastronomie’ française à un prix défiant toute concurrence (1), ce qui avait mis les boulangers très en colère…En décembre, les mêmes, malgré une augmentation exorbitante du coût des matières premières et de l’énergie, se félicitent de voir leur production être reconnue comme ‘patrimoine immatériel de l’humanité’ (2).

Comment en effet gagner sa croûte avec des opérations pareilles, et d’abord d’où vient la baguette, quand elle ne sort pas du four évidemment? Théoriquement, d’un point de vue linguistique, une ‘baguette’ devrait une ‘petite bague’, puisque le mot est formé de la racine (de) ‘bague’+ le suffixe diminutif ‘-ette’. Or, tout le monde sait bien que, même si vous avez un doigt minuscule, on ne voit pas du tout ce que viendrait faire un morceau de pain à dedans…C’est que cette bague-là vient d’un anneau appartenant au répertoire flamand (néerlandais), d’après la racine ‘bagge’ dont le son se retrouve dans le germanique (futur allemand) ‘bligen’ et qui exprime l’idée de tordre (sous-entendu du métal, en l’occurrence) pour faire la-dite bague, une fois refroidie…

Signalons au passage que cette ‘bagge’ n’a aucun rapport avec le ‘bagage’ (qui n’est pas non plus un baguage, la pose d’une bague); ll s’agit cette fois d’un emprunt à…l’arabe, une histoire de ‘baghal’ adapté par les Espagnols en ‘bagaje’, le mot qui désigne…un mulet, autrement dit la bête de somme chargée de porter les ‘valises’ en question, d’où le transfert du nom! 

Mais revenons à notre a-mie la baguette, que l’on définissait logiquement à la fin du 15ème siècle comme une ‘verge longuette’, puisqu’elle est une transformation un peu gutturale (à cause du ‘g’) de l’italien ‘bacchetta’, lui-même issu du latin commun ‘bacculum’ soit un petit ’baccus’…Ce baccus-là n’a rien à voir avec le dieu du vin (3) mais avec la racine qui désigne un bâton: ‘baculum’ (ou ‘bacculum’, un ou deux ‘c’ ne changent rien) va également donner le petit bâton sous la forme duquel se présentent certaines bactéries sous le microscope, le bacille!

Quant à cette histoire de verge il s’agit bien sûr, chez les Romains, des symboles tenus en faisceaux par les licteurs, les représentants du Sénat; depuis la Révolution, la République française s’en sert également comme emblèmes de la Justice sur plusieurs objets ou documents. Par la suite, certaines verges vont rétrécir encore plus que la baguette de pain pour désigner toute forme de petit bâton plus ou moins extensible que je vous laisse le soin d’identifier. Car, avant de se retrouver dans la main de la boulangère, la baguette va être l’instrument indispensable, par exemple, aux sourciers pour trouver de l’eau, aux fanfares pour marquer le pas, aux amateurs de riz cantonais pour manger proprement et, bien sûr, aux chefs d’orchestres pour mener les musiciens au bon tempo…

Finalement, le français est une belle langue mais, parfois, il est difficile de faire marcher certaines règles à la baguette: comment voulez-vous que nos amis étrangers, auxquels vous expliquez qu’on utilise le suffixe ‘-ette’ pour faire un diminutif, comprennent que, si une vaguelette est bien une petite vague, baguette n’est donc pas une petite bague, qu’omelette n’est pas un petit…(h)omme (4), que violette n’est pas une petite viole et que galette n’est pas une petite gale (sic) mais un petit galet? Seul moyen, il faut juste s’en souvenir et ça, heureusement…ça ne mange pas de pain!

  1. 0,29€ la ‘barre’ de pain de 250 grammes (en dessous, à 200 grammes, c’est une ‘flûte’). Prix de vente moyen: 0,90€ (si vous aviez de la chance). Depuis, les chiffres ont bien changé!
  2. Béret, fromage, baguette sous le bras et bouteille de rouge à la main: l’image d’un Français à l’Unesco…
  3. Ce Bacchus-là prends un ‘h’
  4. En plus, dans ce cas, on dira souvent une femmelette!

…de ses performances lors du dernier Championnat du monde de triathlon qui s’est déroulé à Abu Dhabi et quelque peu passé sous les radars des médias, occupés à labourer d’autres sables de la région. Parti pourtant avec un certain déficit de points avant une course de format olympique (1500 mètres de natation, 40 kilomètres à vélo et 10 kilomètres de course à pied), le natif de l’Isère devient l’un des rares Français (3 en tout) à s’adjuger un podium devant des concurrents dangereux. Cet homme n’est donc pas un mouton, contrairement à ce que son patronyme dit clairement…

En fait, à part les Berger (prononcez ‘berguer’) strictement germaniques qui ont un rapport avec le ‘berg’, la montagne allemande, ce qui fait d’eux des montagnards, le berger français vient, lui, du latin ‘vervex’ resonorisé en ‘berbex’, ce qui nous rapproche un peu plus du mot final. Pour nos ancêtres, il s’agissait bien de désigner l’animal bêlant sauf que, dans la campagne romaine, un ‘berbex’ – qui va donner plus tard brebis en français – qualifie très précisément…un mouton et même un bélier. Génétiquement, il n’y a évidemment pas grande différence, mais essayez donc de faire un fromage avec du lait de mouton!

Bref, l’homme chargé de mener ces moutons va prendre le surnom des animaux, entrant dans les prés de la langue française au 12ème siècle sous la forme ‘bergier’ ou même ‘bergière’, l’homme des brebis (après inversion de la position du ‘r’). Le parallèle entre le mot de la femelle et celui du gardien du groupe vient du fait qu’à cette époque les troupeaux étaient essentiellement composés de brebis; le mot latin propre aux mâles était ‘ovis’, terme un peu plus technique qui servira à former la classe des ovins.

Côté humains, il faut croire que la France paysanne des siècles passés comptait de nombreux bergers puisqu’on peut également lister des Bergé (et Bergié, bien sûr) mais aussi des Bergerat, Bergereau, Bergerot ou encore Bergeron, sans oublier la bonne quinzaine d’oiseaux au plumage coloré et à la longue queue en perpétuel équilibre que l’on nommera ‘bergeronnettes’ à cause de leur habitude de fréquenter les…bergeries pour happer les insectes qui y pullulent.

Petit clin d’oeil au passage avec le célébrissime théâtre parisien des Folies-Bergère (et non pas folies bergères) situé tout près du Faubourg-Montmartre et lieu historique du music-hall français : c’est là qu’on vit sur scène pour la première fois une femme intégralement nue (en 1912). Tout ça parce qu’au 17ème siècle, dans un quartier encore peu urbanisé, un certain Jean Bergier était propriétaire d’un terrain sur lequel sera tracée plus tard la rue du même nom. En quelque sorte, la réponse de Bergère à Berger, au moins étymologiquement!

…hommes-femmes que vous avez sans doute fait connaissance avec le visage du lieutenant-colonel de l’Armée de l’Air (et maintenant de l’Espace) qui sera non pas la première mais la nouvelle astronaute/spationaute française après Claudie André-Deshays (1) qui aura passé quelques semaines à bord de la station spatiale internationale au tour de la Terre et des années 2000. Or, cette nouvelle Eve des étoiles s’appelle en réalité…Adam!

La Bourgogne (Franche-Comté) est décidément un territoire de grande production car notre recrue de promotion à l’Agence spatiale européenne vient elle aussi de cette région et en porte un nom caractéristique, soit donc Adenot. Comme une première lecture ne l’évoque par forcément,  il s’agit bien d’une variante du prénom biblique, tout comme les Adenet, Adeney, Adenin ou même Adanet, etc…

Toutes ces versions européennes se sont formées, comme dans de très nombreuses langues où le mot Adam est bien présent tel quel comme prénom par exemple, autour de la racine du terme hébreu ‘adama’ qui évoque ‘une terre rouge’. En fait, alternativement soit la terre soit la couleur, puis les deux parce que, symboliquement, le son va s’appliquer, dans la Bible, à celui qui représentera le premier être vivant (rouge) sur le globe (terre).

Notez au passage que, par opposition ou complémentarité, l’autre créature sera nommée ‘Eve’, soit ‘ewe’ à l’origine, à laquelle s’attacheront les signes de l’eau (élément féminin) et de la couleur bleue (idem)…Mais tenons-nous en à la linguistique qui ne va pas se priver de perpétuer, via la ou plutôt les religions, le nom sacré de notre (supposé) ancêtre commun. De la Scandinavie à la corne de l’Afrique, de très nombreux peuples ont intégré cette référence sacrée, avec des évolutions parfois ‘indétectables’.

C’est ainsi qu’on rencontre des Adnot (là, ça va encore) et des Adné mais aussi des Adant (!), des Adamus (version latine), des Admin et même des Azam et Azan; certains de ces patronymes sont d’ailleurs parfois analysés comme une suite non pas de ‘adam’ mais de…’eden’, l’autre son du paradis qui désigne, lui, une plaine sous-entendue riche et bienheureuse où s’épanouiront les deux premiers locataires (attention: bail précaire).

La racine vient d’une très ancienne langue (aujourd’hui éteinte) de Mésopotamie, l’akkadien (2); et c’est bien le même son que l’on retrouve dans le nom du territoire qui concerne aussi bien la ville que le golfe du Yémen; tout comme chez les Adenauer…germains (comme feu le chancelier allemand des années 1950, Konrad), patronyme combiné de ‘eden/aden’ (la plaine) + ‘-au’ (parcourue par un fleuve) + ‘-er’ (marque de la présence d’un résident). 

Gardez bien en mémoire le nom de Sophie (elle ne va pas décoller tout de suite) car dorénavant, en complément de la tournée de communication exhaustive organisée pour présenter la dame (accompagnée du chevalier précurseur Pesquet (3), vous ne pourrez plus dire que vous ne la connaissez ni d’Eve ni surtout d’Adam. Y compris étymologiquement!

(1) Parfois plus connue sous son nom marital de Haigneré

(2) Rien à voir (mais alors rien du tout, ni dans le temps ni dans l’espace) avec l’Acadie de nos cousins québécois

(3) Vous pouvez également aller pêcher son nom dans les archives…